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Les femmes chefs de foyer

Publié: 12 janvier 2012 15:50 CET

par Becky Webb

Marianne vient de toucher la première de deux allocations de 250 dollars US offertes par la Croix-Rouge dans le cadre d’un programme d’assistance en faveur des personnes déplacées par le tremblement de terre ou des familles qui les ont accueillies.

Marianne et son mari vivent dans le dénuement total à Débauchée, Coteaux. Ils partagent une minuscule hutte de deux pièces avec trois autres personnes âgées dont la soeur de Marianne, gravement handicapée, dont la famille à Port-au-Prince ne pouvait plus assumer la charge.

Marianne s’occupant de tout à la maison, elle a été enregistrée comme chef du foyer et s’est rendue à ce titre à la ville voisine pour y retirer le chèque de la Croix-Rouge. Pleine de bon sens, elle explique à quoi l’argent sera employé une fois que les besoins les plus pressants de la famille auront été satisfaits.

«Pour faire durer cet argent le plus longtemps possible, nous le consacrerons à la fois à augmenter notre production agricole et à acheter des produits pour la revente. Avec la première allocation, par exemple, nous avons décidé d’acheter du café à la saison de la récolte, puis de le revendre avec un profit quand la demande sera plus forte.»

«Mes jambes ne me permettent malheureusement pas d’aller au marché», poursuit-elle. «J’attendrai donc que des marchands ambulants passent à la maison. Nous espérons qu’il nous donneront un bon prix de nos produits.»

Nous lui avons demandé ce qu’elle éprouvait juste après avoir reçu l’argent de la Croix-Rouge. «Notre existence sera plus facile, à présent. Hier, la situation était mauvaise. Aujourd’hui, c’est différent.»

  «Hier, la situation était mauvaise. Aujourd’hui, c’est différent.»
  Marianne, bénéficiaire de la Croix-Rouge

Son rêve : devenir médecin

Bertha Henry, 17 ans, vit au camp La Piste avec sa famille dont la maison a été détruite lors du tremblement de terre. Dans un petit appentis adossé à l’abri, elle a installé une échoppe où, après l’école, elle vend des produits de beauté et des denrées alimentaires à ses voisins et connaissances.

«J’ai commencé avec les cosmétiques, parce que la plupart des jeunes femmes haïtiennes en utilisent», explique-t-elle. «Dans ma boutique, c’est un vrai défilé de clientes qui viennent acheter du savon, des crèmes, des lotions.»

«Un des bons côtés de la chose, c’est que je peux en profiter moi-même», poursuit-elle dans un éclat de rire tout en déballant des cartons de produits avec sa cousine. «J’aimerais bien développer mon affaire en vendant aussi des aliments à cuisiner et des boissons.»

Bâti par des équipes de construction de la Croix-Rouge et soutenu par une allocation pour le développement des moyens de subsistance, le magasin a radicalement changé l’existence de Bertha qui enchaîne les journées de cours et le commerce en soirée.

«En rentrant de l’école, je mange, je prends une douche, puis j’ouvre le magasin. Si j’ai des devoirs scolaires, je les fais au magasin», explique-t-elle.

L’argent mis de côté fait lui aussi une appréciable différence dans la vie de la jeune femme. «Grâce aux bénéfices, j’ai pu payer mes manuels scolaires. Mon rêve est de devenir médecin. C’est pourquoi l’éducation est absolument essentielle pour moi», confie-t-elle.

Priorité à l’école

«Le tremblement de terre ne m’a pas affectée physiquement, mais il m’a handicapée sur le plan économique», explique Marie Bernard, 56 ans, dans le petit deux-pièces qu’elle partage aujourd’hui avec huit membres de sa famille dont quatre de ses enfants et trois petits-enfants à Delmas 19 (Port-au-Prince). «Nous sommes les uns sur les autres, je ne peux jamais me détendre vraiment», poursuit-elle.

En 2011, Marie a reçu de la Croix-Rouge une allocation en espèces de 125 dollars US. «Quand j’ai reçu le SMS m’informant qu’on allait me donner cet argent, je n’en croyais pas mes yeux ! C’était un vrai miracle, parce que j’étais complètement démunie. Une merveilleuse surprise !»

Nous lui avons demandé à quoi elle avait consacré cette somme. «La première chose que j’ai faite a été de régler les frais de scolarité en souffrance afin que mes enfants puissent poursuivre leurs études. Je devais de l’argent à l’école et, chaque jour, ils renvoyaient mes enfants à la maison. Ils sont tellement contents d’avoir pu être réintégrés en classe.»

De quoi vivait Marie avant le tremblement de terre ? «Je vendais des produits alimentaires sur le marché. Je recommencerais bien, mais je n’ai pas un sou pour relancer mon activité. Mes fils sont tous qualifiés. L’un est électricien, l’autre comptable, mais il n’y a pas d’emploi et ils sont au chômage.»

L’allocation de la Croix-Rouge était la première d’une série de trois. La suivante sera liée à un projet d’activité rémunératrice pour aider Marie à reprendre son travail.

«A présent, au moins, j’arrive à trouver un peu de repos la nuit. Cela rend la vie un peu plus facile...»




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