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Japon : le long chemin du relèvement, un an après le séisme et le tsunami

Publié: 9 mars 2012 15:31 CET

Francis Markus

Un an après la pire catastrophe naturelle de l’histoire du Japon, le relèvement est en bonne voie dans la région frappée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 qui ont ravagé quelque 700 kilomètres de littoral au nord-est de l’île de Honshu. Près de 70% des débris, estimés à environ 22 millions de tonnes, ont été déblayés, l’électricité et les moyens de communication ont été rétablis, et les entreprises locales se remettent peu à peu en marche.

Cependant, les progrès sont lents dans les villes les plus durement touchées. La reconstruction à grande échelle de logements permanents n’a pas encore démarré et les rescapés vivent dans l’anxiété en raison de l’absence de plans clairs à cet égard. C’est tout particulièrement le cas pour les familles évacuées du secteur de la centrale de Fukushima, par ailleurs angoissées par les possibles conséquences à long terme de l’accident nucléaire sur leur santé.

La Croix-Rouge du Japon, qui a déployé près de 900 équipes médicales et des centaines de spécialistes du soutien psychosocial dans le cadre de l’opération d’assistance, se consacre aujourd’hui principalement à répondre aux besoins de plus de 300 000 personnes résidant dans des logements provisoires.

«Nous faisons tout notre possible pour assurer un minimum de confort à ces rescapés qui souffrent de la promiscuité et des rigueurs hivernales. Nous nous efforçons également d’éviter à de nombreuses personnes âgées de sombrer dans l’inaction et l’isolement émotionnel», note Tadateru Konoé, président de la Croix-Rouge du Japon et de la FICR.

La Croix-Rouge a fourni à plus de 125 000 familles particulièrement vulnérables logées dans des abris temporaires un assortiment de six appareils ménagers électriques (four à micro-ondes, cuiseur pour le riz, ballon d’eau chaude, réfrigérateur, machine à laver, poste de télévision) qui font partie de l’équipement de base des ménages japonais. Plusieurs milliers de ces assortiments ont été donnés par ECHO, le département humanitaire de la Communauté européenne.

Les équipes de soutien psychosocial de la Croix-Rouge ont été redéployées des centres d’évacuation – à présent quasiment vides – vers les quartiers de logements provisoires où elles organisent des activités telles que réunions de voisinage à l’heure du thé et séances de massages pour les personnes âgées.

«Les gens n’ont pas perdu que leur foyer, mais aussi leur emploi. En réalité, leurs pertes sont si énormes qu’il est extrêmement difficile pour eux d’en prendre leur parti et d’aller de l’avant. C’est pourquoi ils ont à mon avis un très grand besoin de soutien psychosocial», déclare Sachiko Abe, coordinateur du soutien psychosocial de la Croix-Rouge dans la préfecture d’Iwate.

«La participation à ces séances est en hausse, ce qui témoigne à la fois de leur importance et du fait que les habitants eux-mêmes vont à la rencontre des plus vulnérables», observe le docteur Toshiharu Makishima. Ce chirurgien est devenu un des pionniers du soutien psychosocial après avoir été confronté aux souffrances émotionnelles de rescapés du génocide rwandais en 1994.

Dans la préfecture de Fukushima, des analyses contradictoires sur l’impact sanitaire à long terme de l’accident à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ajoutent à la confusion et à l’anxiété des rescapés.

Un médecin japonais renommé qui avait travaillé en Biélorussie dans les années 1990 à la suite de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl a exprimé l’avis que les femmes enceintes et les jeunes enfants devraient être incités à évacuer de vastes portions de la préfecture, y compris Fukushima City. A l’opposé, un physicien de la ville de Nagasaki a estimé que les niveaux actuels de radioactivité ne représentaient pas une menace sérieuse pour la santé.

«Finalement, il appartient à chacun de se forger une opinion concernant sa sécurité et son bien-être», résume Hisao Ohta, président de la section de Fukushima de la Croix-Rouge du Japon. «Les uns préfèreront rester avec leurs familles malgré un taux plus élevé de radioactivité et s’en porteront très bien, d’autres choisiront de partir parce qu’ils se sentent en danger, mais pourront souffrir de leur déracinement.»

En d’autres termes, le bien-être dépend d’une combinaison de facteurs tant physiques que psychologiques. C’est précisément la raison pour laquelle la Croix-Rouge a décidé de lancer le projet Smile Park, un centre de loisirs en salle destiné aux nombreux enfants de Fukushima que leurs familles craignent de laisser jouer à l’extérieur.

«Je suis très reconnaissante à la Croix-Rouge d’avoir créé cet espace de jeu abrité – mes deux enfants sont enchantés et ne veulent plus rentrer à la maison», témoigne Tamami Morino. «Au départ, nous les avions inscrits pour deux heures, mais, finalement, il sont restés quatre heures.»

Il est évident que la Croix-Rouge devra continuer longtemps encore d’aider et soutenir les communautés de la région. Un autre aspect essentiel de l’action de la Société nationale réside dans la conviction que les gens doivent être mieux informés et mieux préparés à faire face à de telles situations.

En mai, la FICR organisera avec la Croix-Rouge du Japon une conférence internationale visant, selon le président Konoé, à «mobiliser l’ensemble de nos partenaires internationaux afin d’élaborer de nouvelles normes et directives sur la préparation aux accidents nucléaires».

La générosité des donateurs du monde entier aura permis à la Croix-Rouge d’apporter aux rescapés de la tragédie une assistance très précieuse sur le chemin du relèvement. Le gouvernement du Koweit, notamment, a offert aux trois préfectures les plus durement touchées une contribution totale de quelque 40 milliards de yen (CHF 465 millions / EUR 385 millions / USD 505 millions).

Ensemble, les Sociétés soeurs de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge du monde entier ont pour leur part recueilli plus de 53 milliards de yen de dons (CHF 637 millions / EUR 528 millions / USD 693 millions). Ces fonds permettent d’améliorer le confort des logements provisoires des sinistrés et d’assurer diverses formes d’assistance aux plus vulnérables, notamment aux personnes âgées et aux enfants. Ils contribuent également à financer la construction d’hôpitaux et cliniques temporaires.




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