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Japon : une seconde catastrophe les personnes âgées

Publié: 18 mars 2011 13:00 CET

Patrick Fuller

A bien des égards, le tsunami qui a ravagé le 11 mars le nord-est du Japon est en train de devenir une tragédie de la vieillesse. Les trois centres d’évacuation aménagés dans la ville dévastée d’Otsuchi, dans la préfecture d’Iwate,  sont remplis de personnes âgées et d’infirmes. Beaucoup sont trop épuisés ou malades pour se lever des matelas posés à même le sol où ils reposent, enveloppés dans des couvertures.

Takanori Watanabe, un médecin de la Croix-Rouge originaire d’Himeji, à l’ouest du Japon, est arrivé à Otsuchi avec une équipe mobile de douze membres qui alterne ses visites dans les différents centres d’évacuation. Aujourd’hui, l’équipe a pris ses quartiers à l’infirmerie du lycée où quelque 700 personnes sont agglutinées dans le gymnase. L’infirmerie ne dispose que de deux lits qui sont occupés par une femme âgée à peine consciente et un vieillard sous perfusion pour cause de déshydratation aiguë. La plupart des patients qui se présentent à la clinique sont des personnes âgées et beaucoup ont perdu leurs médicaments dans la catastrophe.

“Nous voyons beaucoup de malades chroniques et d’affections dues au froid”, rapporte le médecin. “En outre, un mauvais virus circule en ce moment, provoquant diarrhées et déshydratation.” Les équipes de la Croix-Rouge n’ont qu’un assortiment réduit de médicaments et en quantités limitées, si bien que les malades reçoivent des doses pour trois jours seulement.

Un collègue du docteur Watanabe formé au soutien psychologique est assis dans un coin de la pièce, occupé à réconforter une adolescente agitée de sanglots. A Otsuchi, il n’est pas un habitant qui n’ait perdu au moins un parent, un ami ou un voisin. Aider les rescapés à surmonter leur traumatisme est une tâche vitale et les spécialistes de la Croix-Rouge ont fort à faire pour combattre les affections consécutives au stress qui commencent à se multiplier.

La vie dans les centres d’évacuation est particulièrement pénible pour les plus jeunes et pour les personnes âgées. Ayumi Yamakazi, 21 ans, est assise dans le vaste gymnase entourée de sa soeur aînée, de sa nièce, de sa mère et de sa fille Yuwa, âgée de dix-huit mois. Sa maison a été détruite par le tsunami. Elle a pu se sauver de justesse, d’abord sur une colline voisine, puis, quand des incendies se sont déclarés parmi les monceaux de débris roulés par la vague, en fuyant plus haut dans la montagne. “Nous recevons un bol de soupe ou un morceau de pain à partager en trois. Ma fille et ma nièce sont tombées malades à cause du froid, mais la Croix-Rouge nous a fourni des médicaments.”

Au conseil municipal, Koso Hirano est confronté à une tâche dantesque. Il a pris les choses en mains après que le maire et sept autres conseillers eurent péri dans la catastrophe. “Nous pensions être à l’abri. Nous avions construit des barrages et des digues de six mètres de hauteur, mais c’est une vague de dix mètres qui a déferlé sur la côte et les habitants ont disposé d’à peine vingt minutes pour s’échapper”, raconte Hirano, dont la priorité consiste à faire en sorte que les rescapés aient suffisamment à manger et à boire. Il est visiblement épuisé.

“Je suis très pessimiste sur l’avenir de notre ville. Beaucoup de gens sont partis en affirmant qu’ils ne reviendraient pas et il nous faudra au moins dix ans pour reconstruire. Un de mes collègues que j’invitais à aller voir chez lui ce qu’il advenait de sa famille m’a répondu que tout le monde était mort et que la maison avait disparu. Il n’avait plus rien au monde et souhaitait simplement continuer son travail.”




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