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Du Londres victorien à l’Initiative mondiale pour l’eau et l’assainissement

Publié: 6 mai 2013 19:45 CET

Demandez à un spécialiste de la santé publique qui est son héros et il vous parlera peut-être des exploits d’un certain docteur John Snow. En 1854, le docteur Snow fit une observation qui allait changer à jamais notre perception du monde. Sur un plan du quartier londonien de Soho, en proie alors à une dramatique flambée de choléra, il localisa les lieux de résidence des malades, mettant ainsi en évidence un lien indiscutable avec leur source d’approvisionnement en eau, la pompe de Broadstreet. Econduit par les autorités, il procéda alors lui-même au débranchement de ladite pompe. Le lien de causalité entre la contamination de l’eau et le choléra fut ainsi confirmé et la maladie disparut aussitôt de l’agglomération londonienne.

L’histoire est édifiante, mais, hélas, presque entièrement fausse.

En réalité, la carte du docteur Snow fut établie après l’épidémie. Quant à la pompe, elle fut débranchée par le conseil municipal local sur la base, notamment, de constatations anecdotiques comme le fait que les employés d’une brasserie du quartier avaient été épargnés par l’infection, mais vraisemblablement bien après le point culminant de l’épidémie et seulement pendant une période limitée. Les recherches du docteur Snow ne suscitèrent pas de consensus scientifique immédiat et Londres connut d’autres flambées de choléra dans les années qui suivirent.

Le docteur Snow est peut-être un pionnier de l’épidémiologie, mais il n’est pas parvenu à libérer Londres du choléra. Cependant, un autre processus important allait s’engager dans la capitale anglaise en 1863, quand l’insoutenable puanteur de la Tamise persuada enfin le gouvernement d’allouer des fonds à l’aménagement d’un réseau d’égout sous la supervision de Joseph Bazalgette, ingénieur chef du Metropolitan Board of Works.

La réalisation de cet ouvrage contribua plus que n’importe quel autre facteur à éradiquer le choléra, à accroître l’espérance de vie et à améliorer les conditions d’existence des Londoniens. Les travaux s’étalèrent sur plusieurs décennies, entraînèrent d’énormes perturbations dans le centre-ville et coûtèrent des milliards de livres sterling.

Certains se gausseront peut-être de l’ignorance de gens qui, en 1863, croyaient que le choléra était transmis par la pestilence de l’air, mais on est en droit de se demander si cette histoire nous a vraiment appris quelque chose. De fait, l’assainissement ne semble plus être une priorité, alors que les habitants de la planète sont aujourd’hui plus nombreux à être dépourvus de toilettes que de téléphones mobiles. Qui plus est, le problème ne se limite pas aux villes les plus misérables. Si Dubai, par exemple, abrite la tour la plus élevée du monde, elle ne possède pas le système d’égout requis pour en évacuer les eaux usées, de sorte que, chaque jour, une flottille de camions converge vers le building pour recueillir les déchets organiques de ses résidants, à l’instar des bataillons de ‘ramasseurs de terre de nuit’ qui assuraient cette même fonction dans le Londres de l’ère victorienne. En bref, l’oeuvre de Bazalgette est loin d’être achevée.

Depuis 2005, le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a aidé plus d’un million d’habitants de dizaines de pays à améliorer les conditions sanitaires de leurs communautés à travers des activités de promotion de l’hygiène et l’aménagement d’infrastructures dans les logements et les écoles. D’ici 2015, on espère que des millions d’autres auront pu bénéficier également de cet effort dans le cadre de l’Initiative mondiale pour l’eau et l’assainissement mise en oeuvre par la FICR sur la période 2005-2015. Mais notre engagement ne cessera pas à cette échéance et nous continuerons d’oeuvrer sans relâche jusqu’à ce que tous les habitants de notre planète sans exception jouissent de ce fondement de la dignité humaine que constitue l’accès à l’eau potable et à des services améliorés d’assainissement et d’hygiène.

Il n’y a pas de solution miracle. Un monde moderne exige des systèmes d’eau et d’assainissement de qualité et leur mise en place réclame du temps, des efforts et des ressources. Si nous voulons bénéficier pleinement de la santé et de l’hygiène, il va falloir en payer le prix. 




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