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Réduction des risques en Biélorussie

Publié: 26 novembre 2010 17:00 CET

Joe Lowry, FICR, à Budapest
 
Tout l’argent de Nicolaï et Irina passe dans le ‘semetchki’, une pâte artisanale de graines de pavot qui est la drogue à la mode dans la terne agglomération de Slutsk. Entièrement rasée durant la Seconde Guerre mondiale, cette ville de 70 000 habitants se trouve à deux heures de route au sud de Minsk, la capitale de la Biélorussie. Nicolaï et Irina ont été rejetés par leurs familles il y a bien longtemps déjà. Ils mènent une existence d’apparence normale, travaillant et souhaitant, dans leurs moments de répit, n’avoir jamais commencé – jusqu’à ce que le ‘manque’ les ronge à nouveau, laissant leur cerveau envahi par une seule et unique pensée : le prochain ‘shoot’. Le soulagement est alors immédiat, l’angoisse fait place à un intense bien-être... puis celui-ci s’évapore à son tour et l’infernal cycle du dégoût, du besoin et de la jouissance reprend son cour.


Pour l’observateur non averti, Nicolaï et Irina ne sont qu’un couple de junkies dérivant comme tant d’autres épaves humaines sur l’océan du désespoir de l’ère post-soviétique. Pourtant, ils se sont donnés une mission: sauver des vies grâce à un incessant ‘travail d’aiguilles’. Chaque jour, le couple se rend dans un appartement miteux de la périphérie; noyé dans l’ombre de deux immenses cheminées, ce local fait office de centre d’échange de matériel d’injection. Nicolaï et Irina fournissent chacun à une quarantaine de ‘clients’ des aiguilles stériles et collectent en retour les aiguilles usagées dont les traces résiduelles de narcotiques suffiraient, en l’absence de l’accord spécial conclu entre la Croix-Rouge et la police, à conduire les détenteurs directement en prison. Ils emballent soigneusement ces dernières en vue de leur destruction, puis repartent sillonner les ruelles et les barres d’immeubles où les attendent leurs compagnons d’infortune. “A présent, tous les toxicomanes avec lesquels je travaille utilisent des aiguilles propres”, affirme Nicolaï. “Nous savons tous ce que le sida peut nous faire et nous ne voulons pas l’attraper.”

Parallèlement à l’échange des aiguilles et des seringues, le couple distribue des préservatifs, des vitamines et des barres fortifiantes de chocolat qui améliorent la nutrition de ceux qui sont trop malades, trop démunis ou trop accrochés à la drogue pour se nourrir correctement. Nicolaï et Irina connaissent les rues, les risques ET les toxicomanes, qui leur accordent une confiance dont nul autre ne pourrait bénéficier, qu’il s’agisse de fonctionnaires de police, de partenaires, de membres de la famille ou de religieux. C’est pourquoi ils visitent aussi les écoles afin d’expliquer aux enfants ce qu’est véritablement l’addiction à la drogue – une existence âpre, sordide et dangereuse. “Nous ne leur disons pas simplement: ‘Dites non’, mais ‘voilà comment c’est: à vous de choisir’.”
 
 




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