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Le Croissant-Rouge libyen use d'activités ludiques pour restaurer un peu de normalité après la période de conflit

Publié: 25 janvier 2012 18:00 CET

Perrine Bell

2011 a été une année dramatique et traumatisante pour les libyens. De ce fait un des besoins pressants de cette période de conflit et post-conflit est le soutien psychologique. Le stress post-traumatique (SPT) est en effet une des résultantes  premières, même si encore trop souvent méconnue des conflits. Toute personne ayant été soumise de près ou de loin à une menace attentant à sa vie ou à celle de quelqu’un d’autre y est sujette ; de même celles qui ont perdu domicile, possessions et moyens de subsistance, tous des besoins fondamentaux chez l’être humain.

Les conséquences du SPT peuvent faire des ravages: dépression, insomnie, incapacité à se concentrer, à se projeter dans le futur, comportement reclus ou au contraire agressif et désordonné, contraction d’infections de toutes sortes, troubles circulatoires, maladies de peau et maladies graves tels que le diabète et  les troubles cardiaques ne sont que quelques unes des manifestations du SPT sur le long terme. Le résultat : incapacité à travailler, à faire des projets, à entretenir des relations satisfaisantes, autrement dit à avoir une vie normale, tout simplement. Il est donc essentiel d’apporter un soutien psychologique à toute personne ayant été sujette à des événements pouvant déclencher un stress post-traumatique sous peine de voir des légions de vie détruites. Et les volontaires du CRL, ayant vécu des situations psychologiquement traumatisantes au cours de ces mois de conflit, peuvent avoir été touchés autant et souvent  plus que la moyenne par le PST et ses syndromes.

Suite à l’appel lancé par la Fédération, ce sont les sociétés nationales palestiniennes, italiennes et danoises qui ont proposé d’apporter leur soutien en la matière. Elles ont dépêché sur place Bassam Marshoud, psychologue du Croissant Rouge palestinien, spécialisé dans la gestion du PST et formateur en soutien psychosocial qu’il a longuement pratiqué et développé dans le contexte de la crise palestinienne. Bassam Marshoud s’est lancé dans une double entreprise: apporter un soutien psychologique post-conflit aux volontaires,  et développer un programme de formation de formateurs en soutien psychosocial post-conflit. Le contenu de ces programmes est basé sur les principes de thérapies cognitives-comportementales spécialisées en stress post-traumatique, mais peut aussi s’adresser et être utilisé par des personnes qui ne soient pas des professionnelles du secteur psychosocial, d’où leur intérêt.

Mais dans un pays sortant d’un conflit où autant les systèmes politiques qu’institutionnels se débattent pour fonctionner, et au sein d’une société nationale devant reconstruire ses structures autant que réhabiliter ses forces vives,  mettre en place de tels programmes n’est pas toujours tâche facile. Les bonnes volontés sont là pour apporter assistance, mais de façon irrégulière, ores, pour le soutien psychosocial, il est essentiel que la présence et l’investissement soient constants, durables et solides afin d’apporter le sentiment de sécurité qui est la base de toute reconstruction sociale et psychologique. Les bénéficiaires eux-mêmes, ne sont pas toujours faciles à intéresser : problèmes d’attention, absentéisme, envie de s’amuser pour oublier. Mais Bassam Marshoud ne se décourage pas devant l’ampleur de la tâche.

D’ici un an, grâce à l’approche « formation de formateurs », l’objectif de Bassam Marshoud est d’avoir d’une part une équipe de 450 personnes, ayant elles-mêmes été détenues pendant le conflit, formées au soutien psychosocial des prisonniers de guerre en captivité, et d’autre part 650 personnes formées à la gestion du stress post-traumatique pour aller apporter un soutien au sein des communautés. Il aura aussi formé cinq professionnels issus du domaine psychosocial et dont le  rôle sera de coordonner l’ensemble des programmes psychosociaux qu’il aura mis en place. Cette mission accomplie et les formateurs étant devenus autonomes, Bassam Marshoud pourra s’envoler vers d’autres lieux où son expertise sera utile.

Un mouton, une chanson, une danse et un peu de dessin

Le soutien psychosocial prend parfois des tournures inattendues. En l’occurrence il a pris la forme de moutons, d’une chanson, d’une danse et de quelques dessins.

Les activités ludiques donnant une impression de retour à une vie normale elles sont une composante importante du soutien psychosocial, surtout pour les enfants. Les activités ludiques menées dans les camps ont donc une importance bien plus grande qu’elles n’en ont l’air au prime abord.Le dessin, en particulier, fourni un moyen détourné mais très efficace pour exprimer les émotions et évacuer les peurs qui, si elles n’étaient pas extériorisées, pourraient donner naissance plus tard à des troubles profonds.

Pour l’Eid El Kebir, la plus grande fête religieuse musulmane, il est de tradition d’acheter un mouton pour commémorer l’acte de foi d’Abraham, prêt à sacrifier son fils Ishmael à la demande de Dieu. Le mouton est acheté quelques jours avant la fête pour que les enfants puissent s’amuser avec lui. Le jour même il  est tué, préparé et partagé entre proches. Sans mouton, plus de fête digne de ce nom. Cette année l’Eid a eu lieu fin novembre. Les populations accueillies dans les camps n’en ayant pas les moyens, la Fédération et des donateurs bienveillants se sont mobilisés pour pourvoir 45 moutons : assez pour tout le camp du Croissant-Rouge libyen et les six camps avoisinants à Benghazi. Des activités ont été organisées par les volontaires et, le jour même, 350 enfants, 50 femmes et 25 hommes se sont rassemblés pour des matchs de football, de volleyball, des courses et des concours de dessin. 25 volontaires ont distribué des jouets à tous les enfants et tout le monde s’est réuni pour chanter et danser ensemble pendant que le festin se préparait.




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