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Un nouveau Solferino pour les volontaires du Croissant-Rouge libyen

Publié: 23 décembre 2011 12:00 CET

Perrine Bell

Si tout est à reconstruire dans la Libye post-Kadhafi, les racines et les branches de la société nationale  sont, elles, solides. Pour ses volontaires, le Croissant-Rouge libyen est une deuxième famille. Kais avait à peine neuf ans quand il a fait ses premiers pas avec le Croissant-Rouge en 1984, en suivant les formations aux soins de premiers secours. En 1994 il devenait un volontaire à part entière, et depuis peu il est le nouveau directeur de la branche du CRL de Benghazi. Son ami Oussamah, un médecin de 29 ans, Ziad, un ingénieur en mécanique et le coordinateur avéré des volontaires locaux et Walid, son frère cadet, sont engagés dans les rangs des volontaires depuis plus de 15 ans.  Et ils sont des milliers comme eux dans toute la Libye.

A Benghazi, quand la révolution s’est déclenchée le 17 février 2011, les instances dirigeantes du CRL se sont trouvées prises entre leur rôle traditionnel d’auxiliaire du gouvernement, et les changements politiques balayant le pays d’est en ouest, affectant leur capacité d’action. Les volontaires de Benghazi se sont donc réunis de leur propre chef pour apporter de l’aide avec comme mot d’ordre  «neutralité ». Des milliers d’autres jeunes se sont spontanément joints à eux.

Pour la plupart gérés par du personnel étranger fuyant à l’aggravation des hostilités, les hôpitaux se sont retrouvés sans main d’œuvre. Face à la pénurie, les volontaires ont endossé leurs dossards et fait de leur mieux pour pallier aux besoins. Personne ne s’attendait à ce que le conflit dégénère en une guerre civile qui allait durer de longs mois. « La révolution en Libye a vraiment été celle d’une jeunesse en mal de liberté, décidée à libérer son pays et à se créer un futur  meilleur » dit Patrick Schwärzler, chef de la sous-délégation du CIRC à Benghazi.  « C’était comme nouveau Solferino.  Les volontaires sont partis sur le terrain sans autre moyen que leur bonne volonté et la passion de la jeunesse. Ils ont constaté les besoins, et ont tout mis en œuvre pour apporter de l’aide où ils le pouvaient, comme ils le pouvaient ».

Les réseaux de télécommunication ne marchant plus, c’est le bouche-à-oreille qui a pris le relais. Les volontaires ont ainsi pu localiser l’emplacement et les besoins des victimes du conflit. Sans cette information, le CICR n’aurait jamais pu atteindre ces personnes dit Ghafar Bishtawi, Délégué Protection du CICR.   Les volontaires et le CICR ont travaillé main dans la main sur le terrain, suivant l’avancée du conflit jour après jour. Pendant que le CICR s’occupait de protection, de dissémination du droit international  humanitaire et d’apport de matériel, les volontaires évacuaient les civils pris en otages dans les conflits, soignaient les blessés quels qu’ils soient sans discrimination, distribuaient nourriture, eau, couverture, kits d’hygiène, travaillant d’arrache-pied 24h/24h, utilisant leurs propres voitures et payant de leurs poches tous les frais.  Les volontaires et le CICR ont souvent été les premiers et les seuls à être présents sur les fronts les plus dangereux pour porter secours.  Deux volontaires ont été tués et de nombreux blessés, mais cela n’a affecté en rien leur courage et leur détermination.

De nombreuses personnes fuyant les combats se sont retrouvées éparpillées dans des camps pour déplacés au travers du pays. Dès le mois de mars,  les volontaires de Benghazi ont pris en charge un de ces camps. De mars à décembre, il a accueilli quelques 75’000 réfugiés et 500 familles. Ziad, Oussamah, Kais, Walid et quelques 200 volontaires y ont œuvré sans relâche au plus fort de la crise. Oussamah, le médecin, a pris en charge la gestion de la clinique du camp, mettant en place un système de rotation de spécialistes volontaires afin que tous types de maladies puissent être soignés.
 
Début décembre, selon le bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), il y avait encore quelques  63,000 déplacés en besoin d’assistance en Libye. Pour aggraver les choses, un nombre croissant de réfugiés Syriens fuyant les combats chez eux arrivaient quotidiennement en Libye. Début décembre, le camp du CRL de Benghazi était toujours plein et il y avait une liste d’attente. Dans son enceinte, 600 déplacés, 49 familles et une centaine de réfugiés d’origines somalienne, roumaine, tchadienne, soudanaise et bangladaise, sans compter les 53 réfugiés syriens qui venaient d’arriver.




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