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«Aide d’urgence vs résilience communautaire» - Rio+20 : une fenêtre d’opportunité pour renforcer la résilience des plus vulnérables

Publié: 21 juin 2012 11:12 CET

Kristalina Georgieva, Commissaire européen à la Coopération internationale, à l'Aide humanitaire et à la Réaction aux crises, Commission européenne
Bekele Geleta, secrétaire général, Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

Le 20 juin, le très attendu Sommet de Rio+20 sur le développement durable rassemblera un large éventail de dirigeants politiques, de décideurs du monde des affaires et de hauts responsables du secteur humanitaire. L’objectif de cette réunion est aussi crucial qu’ambitieux: déterminer les meilleurs moyens de nous préparer ainsi que les communautés les plus vulnérables de la planète aux effets du changement climatique et des phénomènes météorologiques extrêmes.

Le sommet offre à toutes les nations une occasion unique de bâtir «L’avenir que nous voulons» en intégrant la résilience sociale, environnementale et économique dans toutes nos stratégies de développement. Pour accomplir cette tâche gigantesque, nous devons mettre en commun tout l’éventail de nos capacités et mobiliser toutes les volontés politiques en faveur de la résilience. Telle sera notre responsabilité commune à Rio.

Il n’a y pas de temps à perdre. La planète compte déjà plus de 7 milliards d’habitants et la croissance démographique se poursuit à un rythme soutenu. Du fait de la multiplication concomitante des sécheresses, inondations et autres catastrophes liées au changement climatique, de plus en plus de gens sont exposés à la faim, à la raréfaction des ressources, à la destruction de moyens de subsistance et autres menaces. Nous devons à ce groupe toujours plus important de personnes vulnérables de mettre en oeuvre une stratégie anti-crises globale en nous affranchissant des lourdeurs bureaucratiques et en optimisant l’utilisation des ressources afin que les nations grandes et petites, riches et pauvres, puissent faire face et s’adapter aux effets du changement climatique.

Parmi la multitude de ces personnes vulnérables figure Amina, une jeune femme du Tigré, une région du nord de l’Ethiopie ravagée par des crises alimentaires récurrentes tout au long des trois dernières décennies. Mère de cinq enfants, Amina est chef de famille. En 2009, elle a bénéficié d’un prêt de 124 euros dans le cadre d’un programme d’assistance de la Croix-Rouge qui lui a également appris comment optimiser ses méthodes d’élevage, de culture et de vente sur les marchés locaux.

Grâce à ce programme, le revenu annuel d’Amina est passé de 254 à 509 euros en moyenne – une différence qui lui permet de nourrir convenablement sa famille, d’envoyer ses enfants à l’école et d’administrer correctement sa petite exploitation – et la jeune femme a pu résister à la dramatique crise alimentaire qui a frappé l’année dernière son pays et l’ensemble de la Corne de l’Afrique.

L’exemple d’Amina montre comment un investissement raisonnable dans une solution à long terme améliore la résilience des personnes vulnérables au changement climatique et leur permet de vivre dans la dignité et dans une relative sécurité. En termes de rapport coût-efficacité, ce genre d’investissement est nettement plus rentable que la fourniture d’une aide d’urgence à court terme. C’est pourquoi la communauté internationale doit désormais s’engager plus résolument dans le renforcement de la résilience en associant étroitement aide humanitaire et développement, seul moyen de rompre le cercle vicieux de la sécheresse et de la famine dans lequel sont enfermés des millions d’habitants de l’Afrique orientale et du Sahel.

Les exemples d’associations fructueuses entre humanitaire et développement au profit de la résilience ne manquent pas. On peut mentionner, entre autres, l’initiative SHARE (Supporting Horn of Africa Resilience – Soutien à la résilience dans la Corne de l’Afrique) dans le cadre de laquelle les branches humanitaire et développementale de la Commission européenne ont pris un engagement conjoint de longue haleine et investi 250 millions d’euros pour soutenir le relèvement de la région après la récente sécheresse, améliorer la sécurité alimentaire et renforcer la préparation en prévision de futures catastrophes.

Citons également le cas de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui ont décidé de dédier 10% des contributions aux appels d’urgence à des programmes et mesures favorisant la résilience à long terme parmi les communautés affectées, un effort qui se poursuit longtemps après que les caméras ont quitté le théâtre des événements. De même, la Commission européenne alloue 8 à 10% de son budget humanitaire à la réduction des risques et au renforcement de la résilience. Ce faisant, non seulement nous sauvons aujourd’hui les vies de personnes menacées, mais nous améliorons aussi leurs conditions d’existence dans l’avenir.

Que nous dirait Amina si elle prenait la parole devant les quelque 20 000 participants bien intentionnés et ouverts d’esprit rassemblés pour le Sommet de Rio? Que nous devrions nous montrer aussi entreprenants et courageux qu’elle, que nous devrions apporter des solutions qui garantissent un peu de sécurité dans un monde toujours plus incertain. Compte tenu de la rentabilité de notre investissement dans l’avenir de cette jeune femme, nous devrions appliquer sans attendre cette approche à grande échelle: il en résulterait un formidable bon en avant du point de vue du développement durable. Cela ne fait pas de doute et nous n’avons pas le temps d’attendre.




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