En
2004, la tuberculose et le VIH/sida, avec des taux d’infection
en hausse, ont été les deux plus grandes menaces pour
la santé dans la région. Par ailleurs, les mouvements
de population et le trafic d’êtres humains continuent
de représenter un grave problème sur le plan humanitaire
et exigent un travail de sensibilisation au plus haut niveau ainsi
qu’une action de terrain destinée à protéger
les personnes à risque.
Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
se sont non seulement attaquées à ces problèmes,
mais ont aussi apporté secours et soutien à plusieurs
millions de personnes touchées par des catastrophes soudaines
dans la région.
La
tragédie des otages de Beslan et les attentats à la
bombe de Madrid sont deux exemples de situations où le fait
d’assurer une présence était déjà
à lui seul un grand réconfort pour les victimes.
En mai, huit États d’Europe centrale ont rejoint l’Union
européenne, une adhésion synonyme à la fois
de nouveaux défis et de nouvelles possibilités pour
les Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
de ces pays. Tout au long de 2004, le Secrétariat de la Fédération
internationale, par des initiatives destinées à renforcer
leurs capacités, a travaillé aux côtés
de ces Sociétés pour faciliter leur transition.
Coopération contre le nouveau commerce d’esclaves
Les migrations et le trafic d’êtres humains ont été,
cette année encore, un problème majeur dans une grande
partie de la région, où ils ont eu des effets dévastateurs
sur les communautés. La République de Moldova, pays
le plus pauvre d’Europe, est particulièrement touchée,
les trafiquants y faisant miroiter la promesse d’une vie facile
aux plus vulnérables, notamment les familles défavorisées,
les enfants et les handicapés.
En 2004, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
a contribué à placer cette question au premier rang
des priorités européennes en lançant son initiative
pour la coopération européenne contre le trafic d’êtres
humains. Cette initiative a pour but d’apporter davantage
de clarté et de cohérence dans ce domaine très
complexe, notamment em précisant comment les Sociétés
nationales des pays d’origine et de destination pourraient
mieux coopérer pour réduire les souffrances et la
vulnérabilité des victimes des trafiquants.
Présents au cœur même des communautés,
la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge peuvent jouer un rôle
essentiel en informant les gens et en leur ouvrant les yeux sur
les dangers du trafic d’êtres humains.
Assistance téléphonique aux victimes du trafic
d’êtres humains en Bulgarie
Prostitution, mendicité, travail forcé, pornographie,
telles sont les activités auxquelles sont contraintes de
se livrer les victimes des trafiquants d’êtres humains
en Bulgarie. À la fois pays d’origine, de transit et
de destination, la Bulgarie est devenue une plaque tournante de
ce trafic en Europe.
En novembre 2003, la Croix-Rouge bulgare a lancé un programme
visant à la fois à venir en aide aux victimes des
trafiquants et à leurs familles et à prévenir
du danger les groupes les plus vulnérables de la société,
à savoir les jeunes socialement et économiquement
défavorisés ou vivant en institution, les femmes de
18 à 35 ans, en particulier celles qui sont sans emploi,
et les jeunes roms.
La Croix-Rouge a mis en place dans quatre régions des services
d’assistance téléphonique pour informer la population
des dangers du trafic d’êtres humains et apporter une
aide psychologique aux victimes et à leurs familles ainsi
qu’aux candidats à la migration.
La Société nationale a aussi conduit une campagne
d’information du public et organisé un concours de
rédaction et de dessin sur le thème « Trafic
d’êtres humains, le nouvel esclavage », qui a
donné lieu a une centaine d’inscriptions. Elle a par
ailleurs formé 74 jeunes pour mener des sessions de sensibilisation
dans les écoles et les institutions sociales ; ces jeunes
se sont déjà adressés à 5000 de leurs
pairs.
VIH/sida : prévention, soins et respect de la dignité
En Europe et en Asie centrale, l’utilisation de drogues injectables
et les rapports sexuels non protégés restent les principales
causes de la propagation croissante du sida. Les jeunes sont le
groupe le plus exposé : dans la région, 80 pour cent
des séropositifs ont moins de 30 ans.
L’action que mènent la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge
auprès des jeunes dans ce domaine comprend trois volets essentiels
: la prévention, les soins aux personnes atteintes et le
combat contre la stigmatisation et la discrimination à l’égard
des malades.
Quinze Sociétés nationales d’Europe orientale
et d’Europe centrale se sont associées à la
Croix-Rouge italienne dans une initiative régionale de réduction
des risques destinée à aider les utilisateurs de drogues
injectables à se prémunir contre les risques de contamination.
La Croix-Rouge d’Ukraine a innové en lançant
un programme dans lequel des infirmières rendent visite aux
personnes séropositives et les encouragent à se lier
d’amitié avec d’autres séropositifs afin
de parer à un éventuel rejet de la part de leurs amis
« d’avant ».
En Arménie, trois films sur la prévention du VIH/sida
et sur les dangers de la toxicomanie ont été produits
en partenariat avec les médias locaux. En outre, des matériels
d’information ont été distribués au public
dans le but de contrer les idées fausses et autres croyances
qui circulent à propos de la transmission du VIH. Des volontaires
récemment formés ont présenté à
25 000 personnes les dangers du sida.
En Azerbaïdjan voisin, des volontaires du Croissant-Rouge
ont fait le même type d’interventions auprès
de quelque 10 000 personnes, notamment des écoliers, des
étudiants et des travailleurs de l’industrie du sexe.
Tuberculose
: ne les oublions pas
Prendre soin des malades de la tuberculose et combattre la maladie
constituent une part importante de l’action que mènent
la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge en Russie et en Asie centrale,
où la tuberculose a atteint les proportions d’une épidémie.
« Les malades ne doivent pas oublier leur traitement, et nous
ne devons pas oublier les malades », explique Valentina Svetlova,
infirmière à la Croix-Rouge russe.
Une étude menée en 2004 au Kazakhstan, au Kirghizistan
et en Ouzbékistan a montré que 93 pour cent des patients
suivis par les infirmières de la Croix-Rouge allaient jusqu’au
bout de leur traitement, ce qui est vital pour endiguer la maladie
et prévenir l’apparition d’une résistance
aux médicaments.
Les programmes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge utilisent
la méthode dite DOTS (directly observed treatment short-course
– traitement de brève durée sous surveillance
directe) recommandée par l’Organisation mondiale de
la santé, qui s’avère de plus en plus efficace
pour combattre la maladie et surmonter la stigmatisation à
l’égard des personnes infectées.
Les enseignements tirés de l’expérience de
la Russie et de l’Asie centrale sont très utiles aux
nouveaux programmes de lutte antituberculeuse menés ailleurs
dans le monde ; la Croix-Rouge de Roumanie les met actuellement
à profit pour élaborer sa propre stratégie
de lutte contre la maladie. La tuberculose est une maladie qui tue
environ deux millions de personnes chaque année dans le monde.
Soutien aux victimes du drame de Beslan
Le 1er septembre 2004, jour de la rentrée des classes à
Beslan, une ville d’Ossétie du Nord, dans le sud de
la Russie, a viré au cauchemar lorsqu’un groupe d’hommes
armés a fait irruption dans l’école, prenant
en otages plusieurs centaines d’enfants, de parents et d’enseignants.
Le siège de l’école, qui a duré trois
jours, s’est soldé par la mort de 350 personnes. On
a aussi compté 600 blessés.
Une équipe de psychologues, d’infirmiers et de volontaires
de la Société de la Croix-Rouge russe est arrivée
sur place quelques heures après le début du drame
pour soutenir les parents et les proches des personnes retenues
dans l’École numéro 1 et leur apporter de la
nourriture, de l’eau et un appui psychologique. Une fois le
siège terminé, ils ont aidé à évacuer
les survivants, puis se sont attelés à trier et distribuer
les jouets, vêtements, sucreries, jeux, cartables et fournitures
scolaires qui avaient été offerts dans un formidable
élan de solidarité.
Au lendemain de la tragédie, la Fédération
internationale a lancé un appel de fonds destiné à
financer des programmes de soutien psychosocial de longue durée,
afin d’aider la communauté à évacuer
sa douleur. « À Beslan, ce n’est ni d’argent
ni de médicaments dont les gens auront besoin, mais plutôt
d’écoute et de compassion. La Croix-Rouge sera là
pour les aider à faire face et à surmonter leurs difficultés
», explique Vacheslav Otchuk, un psychologue de la Fédération
internationale.
Dix années d’humanité au Bélarus
La maison de bienfaisance que gère la Croix-Rouge du Bélarus
à Pinsk fournit une aide médico sociale et psychologique
aux personnes seules et déshéritées atteintes
de maladies chroniques difficiles à traiter. Ouverte en 1994,
l’institution assure trois repas par jour aux malades, à
des réfugiés, à des sans-abri et d’autres
personnes dans la misère. Elle les examine, les soigne et
leur apporte un soutien psychologique. En 2004, quelque 200 personnes
ont bénéficié des services de cette maison
de bienfaisance, qui a secouru plus de 1700 personnes depuis son
ouverture. Les séjours y sont en moyenne d’un mois.
Secours aux victimes des attentats de Madrid
Quelque 900 volontaires de la Croix-Rouge espagnole ont travaillé
jour et nuit pour porter secours aux victimes de la série
d’attentats perpétrés le 11 mars dans des gares
de Madrid. Les bombes, qui ont explosé à une heure
de grande affluence, ont fait 200 morts et 1400 blessés.
Des trousses de premiers secours, des sacs mortuaires, des civières,
des couvertures et d’autres articles de secours ont été
mis à disposition par la Croix-Rouge. Des équipes
de soutien psychologique composées chacune de 16 spécialistes
sont venues de toute l’Espagne et ont assisté au moins
1200 personnes, accompagnant les proches et les enfants des victimes
dans les hôpitaux, les morgues et durant les funérailles.
Des personnes de douze nationalités différentes ayant
péri dans les attentats, la Croix-Rouge espagnole a aussi
activé son système international de recherches afin
de permettre aux familles de connaître le sort de leurs proches.