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Rapport sur les catastrophes dans le monde - La culture et les risques



Cette année, le Rapport sur les catastrophes dans le monde a pour ambition d’examiner différents aspects de l’influence de la culture sur la réduction des risques de catastrophe et, parallèlement, de celle des catastrophes et des risques sur la culture.

Par exemple, la question est posée de savoir ce qu’il faudrait faire quand la responsabilité d’inondations (fleuve Kosi, en Inde, en 2008) est attribuée à une déesse en colère ou celle d’une éruption volcanique (mont Merapi) au dieu des montagnes. Après le tsunami de 2004, beaucoup d’habitants d’Aceh (Indonésie) ont pensé qu’Allah les avait punis pour avoir autorisé le tourisme ou les forages pétroliers. Aux États-Unis, des croyances du même ordre étaient monnaie courante après le passage de l’ouragan Katrina, par lequel Dieu aurait manifesté son mécontentement à l’égard de certains comportements de gens vivant ou en visite à la Nouvelle-Orléans.

La plupart des personnes qui vivent dans des endroits exposés à des aléas graves sont conscientes des risques auxquels elles sont confrontées – tremblements de terre, cyclones tropicaux, tsunami, éruptions volcaniques, inondations, glissements de terrain ou sécheresse. Et pourtant elles restent, parce qu’elles y sont contraintes pour gagner leur vie ou parce qu’elles n’ont pas d’autre alternative. Les côtes et les rivières sont propices à la pêche et à l’agriculture ; les vallées et les sols volcaniques sont très fertiles ; les périodes de sécheresse alternent avec des périodes où l’agriculture et l’élevage prospèrent. La culture et la croyance en des esprits ou des dieux, par exemple, ou le fatalisme tout simplement, font que les gens s’accommodent des risques et donnent un sens à leur vie dans des endroits dangereux. Parfois cependant, des rapports de force inégaux font eux aussi partie intégrante de la culture, et ceux qui n’ont que peu d’influence doivent inévitablement affronter des environnements menaçants.

Logique et rationalité

Comme d’autres organisations qui s’investissent dans la réduction des risques de catastrophe, nous tous qui appartenons à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge connaissons ces croyances et ces cultures, et les interprétations différentes qu’elles donnent du risque. Mais il nous est difficile de les intégrer parfaitement dans notre cadre organisationnel et nos modèles de financement. Nous avons plutôt tendance à supposer (ou à espérer) que les personnes auxquelles nous voulons venir en aide ont la même logique et la même rationalité que nous et qu’elles voudront réduire les risques de catastrophe. Parfois aussi, les institutions hésitent à s’attaquer aux questions d’inégalité et de pouvoir qui rendent les gens vulnérables dans les endroits où ils gagnent leur vie.

Une chose est sûre, c’est que notre action aura des effets moins durables si nous ne prenons pas dûment en compte la culture, les croyances et les attitudes des populations par rapport au risque. Il nous faut bien comprendre que les changements climatiques, en portant atteinte aux moyens de subsistance, engendrent une plus grande vulnérabilité et, de ce fait, rendent les dangers plus extrêmes ou plus fréquents.

Reduction des risques de catastrophe et dévelopement

Un objectif important de cette édition du Rapport sur les catastrophes dans le monde est d’aborder ouvertement ces questions complexes et ces chocs de cultures, afin de pouvoir bien mieux les intégrer dans les activités de réduction des risques de catastrophe. La première partie (chapitre 2) évalue les effets de la religion et des croyances. Les chapitres suivants (3 et 4) examinent la culture des organisations qui mènent de telles activités et montrent que nous avons tous des croyances et des attitudes qui façonnent notre perception du risque, et ce qu’il conviendrait de faire à cet égard. Ils posent la question de savoir pourquoi les acteurs et les organisations de la réduction des risques de catastrophe persistent à donner la priorité aux aléas graves, alors qu’ils savent que la majorité des individus ne les mentionnent pas lorsqu’on leur demande quels sont les risques auxquels ils sont confrontés. Il est difficile pour la plupart des gens d’être préoccupés par des événements graves occasionnels et imprévisibles (ou par les changements climatiques), quand leurs problèmes sont dus principalement à des besoins de « développement » non satisfaits. Heureusement, la nécessité de faire converger la réduction des risques de catastrophe et le développement fait partie des discussions sur les instruments appelés à succéder au Cadre d’action de Hyogo et aux objectifs du Millénaire pour le développement. Le Rapport sur les catastrophes dans le monde explique aussi comment la réduction des risques de catastrophe doit prendre en compte toutes les causes de vulnérabilité – y compris culturelles – comme points de départ de la réduction des risques.

Engagement effectif avec les cultures traditionnelles

Après cette discussion sur la « culture organisationnelle » (notamment une remise en question, dans le chapitre 4, de la conviction répandue qu’il faut agir « au niveau communautaire »), le rapport examine les moyens de surmonter ces obstacles à une meilleure préparation aux catastrophes. Il traite d’abord la manière dont les cultures traditionnelles peuvent contribuer à la recherche de solutions en matière d’abris et de logements (chapitre 5), et aussi dans les secteurs de la santé et de la médecine (chapitre 6). Ce sont tous des domaines dans lesquels la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont acquis une immense expérience et ont fait preuve de leadership ces dernières décennies.

Le dernier chapitre pose la question de savoir ce qu’il faut faire ensuite, comment prendre en compte la culture dans le cadre des activités de réduction des risques de catastrophe. Il parle aussi de la nécessité de faire mieux comprendre que la « culture organisationnelle » doit changer ; elle doit, par exemple, ne pas partir du principe que les personnes auxquelles nous portons secours sont « irrationnelles », et accepter qu’elles aient des rationalités différentes. Il instaure un processus dans lequel nous devons tous mettre au point de nouvelles façons de penser et de concevoir les activités de réduction des risques de catastrophe, de sorte que nos organisations soient mieux en phase avec la manière de penser et d’agir des personnes que nous voulons aider.

Cette publication n’apporte pas toutes les réponses à ces questions complexes, qui varient d’ailleurs considérablement d’un bout à l’autre de la planète. Mais elle donne des points de départ. Elle fournit des indications sur la direction à prendre et s’inspire d’exemples d’une bonne intégration des idées traditionnelles et des idées « modernes » en vue d’une réduction efficace de la vulnérabilité. D’une façon générale, le fait de reconnaître l’importance des différents modes de croire et de se comporter rendra plus efficaces les initiatives prises en matière de réduction des risques de catastrophe et de développement et nous permettra de mieux répondre aux problèmes posés par les changements climatiques.

Les liens entre la culture et les risques

Lorsque l’ouragan Katrina s’est abattu sur les États-Unis en 2005, des hommes politiques et certains sinistrés ont cru à un châtiment de Dieu pour les péchés commis à la Nouvelle-Orléans. Au Japon, certains ont attribué aux dieux la responsabilité du tremblement de terre et du tsunami de 2011. En Afrique de l’Ouest, où le mont Cameroun entre en éruption à intervalle de quelques années seulement, un chef s’est fait l’écho des croyances de nombre de personnes en disant : « lorsque le dieu des montagnes se met en colère, il déclenche une éruption ». À travers le monde, l’attitude adoptée par les individus face au risque est en partie fondée sur la culture.

Pourquoi les individus affrontent-ils les risques de telle ou telle manière ? Et pourquoi les organisations qui s’investissent dans la préparation aux catastrophes ne prennent-elles pas en compte la « culture » des individus face aux risques ?

Lire le chapitre 1

L’influence de la religion et des croyances sur les attitudes face aux risques

Pourquoi, lorsque nous avons connaissance d’un aléa, ne cherchons-nous pas tous à en limiter l’impact au minimum ?

Ce chapitre décrit la manière dont la religion, les coutumes et les normes sociales façonnent notre perception des risques et notre attitude à leur égard. La religion, tout particulièrement, influe sur les perceptions et les comportements.

Dans le contexte de la réduction des risques de catastrophe, les croyances ont pour principales caractéristiques d’entraver la réduction des risques et d’influencer l’idée que s’en font les gens.

Lire le chapitre 2

Prendre les moyens de subsistance au sérieux

Ce chapitre est consacré aux moyens de subsistance. Pourquoi les gens vivent-ils dans des endroits dangereux alors qu’ils sont conscients des risques ? Parce que c’est là qu’ils peuvent gagner leur vie. C’est un défi considérable pour la réduction des risques de catastrophe et l’adaptation aux changements climatiques.

Les plaines d’inondation et les sols volcaniques sont très fertiles ; les côtes sont propices à la pêche et à l’agriculture, et on trouve souvent des sources d’eau dans les zones de faille des régions arides. Aux quatre coins du monde, il existe des villes qui offrent des moyens de subsistance mais qui sont situées sur des côtes, le long de rivières ou sur des failles.

Les gens accordent plus d’importance aux moyens de gagner leur vie qu’au risque qu’une catastrophe survienne. Au risque de perdre leur maison, ils ont décidé de vivre dans un endroit où ils ont des sources de revenus, des emplois et des débouchés économiques qu’ils ne trouveraient pas ailleurs.

Lire le chapitre 3

La communauté : un mythe ?

Nombre d’organisations actives dans les domaines de la réduction des risques de catastrophe et de l’adaptation aux changements climatiques ont développé une culture fondée sur des convictions plutôt que sur les faits. Le présent chapitre traite surtout d’une conception souvent illusoire de la « communauté » et de la « participation » qui en découle.

La plupart des ONG, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge, et de nombreuses organisations internationales utilisent largement le terme « communauté », souvent préféré à « population » ou à « localité ». Ce mot a acquis une valeur mythique, mais il implique, au sujet des comportements et de la collaboration, des présupposés qui pourraient être infondés.

Lire le chapitre 4

La culture, le risque et l’environnement bâti

Ce chapitre vise principalement à appeler l’attention sur le potentiel de l’environnement bâti aux fins de la réduction des risques de catastrophe, ainsi qu’à souligner les avantages des savoirs autochtones et de l’architecture vernaculaire.

Toutes les catastrophes mettent à mal l’environnement bâti et beaucoup, comme le séisme qui a dévasté Haïti en 2010, exacerbent en outre une crise du logement préexistante. L’état de l’environnement bâti est un facteur de risque décisif.

L’architecture vernaculaire est de plus en plus remplacée par des structures construites avec des matériaux non traditionnels, notamment le béton armé et les blocs de béton. Il s’ensuit souvent une dégradation de l’intégrité structurelle des bâtiments, un déclin des compétences en matière de construction traditionnelle et un appauvrissement du patrimoine.

Lire le chapitre 5

Santé publique culturellement adaptée : la catastrophe du VIH/sida et au-delà

Ce chapitre montre que des cultures différentes –c’est le cas de la santé publique « biomédicale » et de la médecine « traditionnelle » – ont une action réciproque. Il est important d’en tenir compte.

La relation entre catastrophes et santé est double. Tout d’abord, un événement grave, une crise sociale ou la guerre peuvent altérer les conditions de vie de telle manière qu’apparaissent des maladies, des traumatismes ou d’autres atteintes aiguës à la santé.

Par ailleurs, les maladies elles-mêmes peuvent conduire à des situations catastrophiques. C’est le cas du VIH/sida, par exemple. Du point de vue de la santé publique, ces catastrophes sont complexes, car il faut engager un processus politique pour qu’elles soient reconnues comme telles.

Lire le chapitre 6

La culture au cœur de la réduction des risques

Ce chapitre montre que la culture peut à la fois représenter un défi pour la gestion des aléas naturels et étayer la réduction des risques de catastrophe. Il fournit des orientations sur la manière dont la culture devrait être intégrée dans la préparation aux catastrophes et l’atténuation de leurs effets, en particulier dans le contexte des changements climatiques.

Les aléas ne deviennent des catastrophes que si des personnes vulnérables sont touchées. Le même ouragan peut frapper trois pays des Caraïbes, et avoir des effets différents dans chacun. L’intensité de son impact dépend de la vulnérabilité de la population.

Lire le chapitre 7

contenu

Rapport sur les catastrophes dans le monde 2014 - Chapitre 1
Les liens entre la culture et les risques Lorsque l’ouragan Katrina s’est abattu sur les États-Unis en 2005, des hommes politiques et certains sinistrés ont cru à un châtiment de Dieu pour les péchés commis à la Nouvelle-Orléans. Au Japon, certains ont attribué aux dieux la responsabilité du tremblement de terre et du tsunami de 2011. En Afrique de l’Ouest, où le mont Cameroun entre en éruption...
Rapport sur les catastrophes dans le monde - Chapitre 2
  L’influence de la religion et des croyances sur les attitudes face aux risques Pourquoi, lorsque nous avons connaissance d’un aléa, ne cherchons-nous pas tous à en limiter l’impact au minimum ? Ce chapitre décrit la manière dont la religion, les coutumes et les normes sociales façonnent notre perception des risques et notre attitude à leur égard. La religion, tout particulièrement, influe sur...
Rapport sur les catastrophes dans le monde - Chapitre 3
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Rapport sur les catastrophes dans le monde - Chapitre 4
La communauté : un mythe ? Nombre d’organisations actives dans les domaines de la réduction des risques de catastrophe et de l’adaptation aux changements climatiques ont développé une culture fondée sur des convictions plutôt que sur les faits. Le présent chapitre traite surtout d’une conception souvent illusoire de la « communauté » et de la « participation » qui en découle. La plupart des ONG...
Rapport sur les catastrophes dans le monde - Chapitre 5
La culture, le risque et l’environnement bâti Ce chapitre vise principalement à appeler l’attention sur le potentiel de l’environnement bâti aux fins de la réduction des risques de catastrophe, ainsi qu’à souligner les avantages des savoirs autochtones et de l’architecture vernaculaire. Toutes les catastrophes mettent à mal l’environnement bâti et beaucoup, comme le séisme qui a dévasté Haïti e...
Rapport sur les catastrophes dans le monde - Chapitre 6
Santé publique culturellement adaptée : la catastrophe du VIH/sida  Ce chapitre montre que des cultures différentes –c’est le cas de la santé publique « biomédicale » et de la médecine « traditionnelle » – ont une action réciproque. Il est important d’en tenir compte. La relation entre catastrophes et santé est double. Tout d’abord, un événement grave, une crise sociale ou la guerre peuvent...
Rapport sur les catastrophes dans le monde - Chapitre 7
  La culture au cœur de la réduction des risques Ce chapitre montre que la culture peut à la fois représenter un défi pour la gestion des aléas naturels et étayer la réduction des risques de catastrophe. Il fournit des orientations sur la manière dont la culture devrait être intégrée dans la préparation aux catastrophes et l’atténuation de leurs effets, en particulier dans le contexte des...

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge constitue, avec ses 190 Sociétés nationales membres, le plus vaste réseau humanitaire du monde. En tant que membres du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous sommes guidés dans notre travail par sept Principes fondamentaux: humanité, impartialité, neutralité, indépendance, volontariat, unité et universalité.