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Rapport sur les catastrophes dans le monde 2014 - Chapitre 1

Les liens entre la culture et les risques

Lorsque l’ouragan Katrina s’est abattu sur les États-Unis en 2005, des hommes politiques et certains sinistrés ont cru à un châtiment de Dieu pour les péchés commis à la Nouvelle-Orléans. Au Japon, certains ont attribué aux dieux la responsabilité du tremblement de terre et du tsunami de 2011. En Afrique de l’Ouest, où le mont Cameroun entre en éruption à intervalle de quelques années seulement, un chef s’est fait l’écho des croyances de nombre de personnes en disant : « lorsque le dieu des montagnes se met en colère, il déclenche une éruption ». À travers le monde, l’attitude adoptée par les individus face au risque est en partie fondée sur la culture.

Pourquoi les individus affrontent-ils les risques de telle ou telle manière ? Et pourquoi les organisations qui s’investissent dans la préparation aux catastrophes ne prennent-elles pas en compte la « culture » des individus face aux risques ? Telles sont les questions que pose cette édition du Rapport sur les catastrophes dans le monde.

Cette édition aborde la question des changements climatiques, car il est aujourd’hui impossible de dissocier la réduction des risques de catastrophe de la nécessaire adaptation aux changements climatiques. Il est essentiel d’intégrer ces deux types d’activités et d’examiner le rôle que joue la culture dans chacun d’eux.

L’interaction entre la culture et les risques est visible dans de nombreux aspects des comportements humains, notamment la religion (chapitre 2), les moyens de subsistance et la perception des risques (chapitre 3), l’interaction avec les autres au sein des communautés et l’importance des rapports de force (chapitre 4), l’endroit où l’on vit et les effets de la culture sur la construction (chapitre 5), et la santé (chapitre 6). L’accent est mis sur la préparation aux catastrophes plutôt que sur l’intervention.

En ce qui concerne les risques, la question clé est de savoir quand la culture devient un facteur influençant de manière « active » le comportement des individus et l’interaction entre le groupe et l’extérieur. Le chapitre 7 donne quelques orientations sur les moyens de gérer ces situations, en s’appuyant sur des exemples dans lesquels de bonnes pratiques ont été adoptées.

Il n’y a pas de définition unique de la culture. Le Rapport examine les croyances et les comportements qui ont un impact sur les risques, ainsi que les liens que les individus établissent entre ces croyances et comportements et les aléas naturels, mais les structures sociales, politiques et organisationnelles jouent également un rôle dans le façonnement de la culture.

Il est important de comprendre la culture, car elle reflète les croyances des individus quant aux mesures à prendre face au risque et influence la manière dont sont menées les activités de réduction des risques de catastrophe et d’adaptation aux changements climatiques. En outre, la culture est un aspect essentiel, car elle peut aussi bien accroître que réduire la vulnérabilité.

Un moyen de faire face aux risques peut consister à adhérer à des attitudes collectives qu’il est difficile d’éviter. La culture est bâtie sur une expérience de vie commune et comprend les forces spirituelles dont on croit qu’elles influencent la vie. Le fait de rompre avec les croyances du groupe peut conduire un individu à être exclu du « capital social » qui y est associé (Prendre les moyens de subsistance au sérieux, chapitre 3).

Tant les individus qui sont censés bénéficier des activités de réduction des risques et d’adaptation que les organisations ont leur propre culture de la gestion des risques. Le Rapport examine comment ces deux cultures s’entrechoquent, limitant ainsi l’efficacité des mesures de réduction des risques et d’adaptation aux changements climatiques, et fait valoir qu’il est essentiel de comprendre la culture des organisations.

Toute culture est déterminée par des négociations perpétuelles entre les groupes sociaux, qui se manifestent notamment par :

  • des tensions entre générations ;
  • l’éducation formelle ;
  • des interactions entre différents groupes ethniques ou religieux ;
  • des conflits ;
  • des interactions et des conflits entre les membres du groupe et les personnes de l’extérieur ;
  • les pratiques ou les cultures fondées sur les rapports de force ;
  • les pratiques culturelles telles que la dance et les costumes.

Des recherches ont été conduites sur le rôle de la culture dans le contexte des catastrophes, mais elles n’ont eu qu’une influence limitée sur les principales organisations.

La culture peut contribuer de manière notable à créer des vulnérabilités, en particulier quand les croyances et les comportements sont ancrés dans des systèmes de pouvoir qui favorisent une répartition inégale des risques (chapitre 4). Dans certaines cultures, les personnes sans terre, les minorités, les personnes de classe sociale et de caste inférieures, ainsi que les femmes, « acceptent » leur condition, car elles considèrent que celle-ci résulte de la culture plutôt que d’une forme d’exploitation.

D’autres travaux, consacrés à la santé publique, ont eu, eux aussi, un impact limité sur la conception des activités de réduction des risques de catastrophe. La culture influe sur la perception que les gens ont des risques liés à la santé (chapitre 6), tels que la nutrition, la vaccination des enfants et le refus constant de reconnaître que les germes provoquent des maladies. Les acteurs de la réduction des risques de catastrophe n’ont pas exploité les enseignements clairs tirés de nombreuses initiatives de santé publique et de médecine préventive.

La propagation, depuis le mois de février 2014, de la maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest est due en partie à des divergences culturelles dans la gestion des dépouilles et à la méfiance que certaines populations locales nourrissent à l’égard des théories venues de l’extérieur sur la maladie. Les individus interprètent l’information à travers le prisme de la culture.

Il n’est pas certain, comme le prévoient le modèle standard « connaissances, attitudes, comportements » et le modèle du « déficit d’information » (chapitre 3), que le fait de fournir des informations contribue au changement des comportements à l’égard de la réduction des risques, l’importance du lieu de vie et l’attachement affectif étant des facteurs largement reconnus (chapitre 3 aussi).

Death in the 20th Century visualizationLa culture offre un point d’entrée pratique, bien que négligé, pour comprendre le comportement des organisations et des individus. Toutefois, elle ne permet pas de dresser un tableau complet, car d’autres facteurs, dont ne tiennent pas compte actuellement les mesures de préparation aux catastrophes et d’adaptation, doivent être pris en considération. Les croyances et les comportements connexes sont aussi liés à des caractéristiques individuelles, telles que la personnalité.


Ce Rapport vise à faire mieux comprendre les questions liées à la culture aux organisations actives dans les domaines de la réduction des risques de catastrophe et de l’adaptation aux changements climatiques. Il a en partie un objectif de « sensibilisation » et vise à encourager les professionnels et les organisations à prendre les questions culturelles plus au sérieux.

La plupart des activités de réduction des risques de catastrophe partent du principe que les individus agiront de manière à réduire au minimum les risques recensés par les entités extérieures, mais ne prennent pas en compte l’aspect culturel qui pousse souvent ces individus à développer des rationalités différentes.

Nombre d’acteurs de la réduction des risques de catastrophe ont une vision tronquée des conditions d’existence et des attentes des personnes exposées à des risques, qui, de fait, n’agissent pas comme les responsables des programmes voudraient qu’elles le fassent. Par ailleurs, les organisations dépendent souvent de fonds de donateurs qui sont disposés à soutenir la réduction des risques liés à des aléas spécifiques et qui ne peuvent pas ou ne veulent pas s’attaquer aux causes de la pauvreté et de la vulnérabilité.


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