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Gestion de catastrophes
Perco: Les mots ont-ils une importance ?

Hildegard Dumper est consultante ; elle conseille PERCO sur les questions concernant les réfugiés et se préoccupe des erreurs d’interprétation auxquelles donnent lieu, au sein de l’Europe, les termes et les concepts utilisés dans ce domaine. Une clarification de la terminologie donnerait, à son avis, une forte impulsion à la coopération européenne en matière d’intégration des réfugiés. Elle donne une explication et propose ci-dessous une solution.

Le problème de la terminologie se posait déjà avant que je ne commence mes travaux sur l’intégration des réfugiés. L’étude « Réfugiés inclus » a été réalisée pour le compte de PERCO. Elle porte sur la participation des réfugiés aux activités des organisations non gouvernementales (ONG) qui leur apportent une aide au sein de l’Union européenne. L’expérience que j’avais acquise en Grande-Bretagne en matière de développement communautaire, me portait à interpréter la notion d’« intégration » d’une manière plus large que ne le prévoit sa définition courante. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) définit l’intégration comme le processus par lequel le réfugié s’insère dans la vie sociale et économique d’une nouvelle communauté nationale. À mon sens, l’intégration signifie également pouvoir se faire entendre dans la société civile. Le réfugié doit non seulement s’adapter au pays d’accueil, mais ce nouveau pays doit lui ménager des possibilités de faire valoir ses points de vues et ses intérêts.

Par bonheur, l’équipe de PERCO adhérait totalement à cette interprétation. En fait, l’étude avait précisément pour objet d’examiner la situation actuelle des réfugiés au sein des ONG, et dans quelle mesure il serait possible de les y intégrer à l’avenir. Leur participation effective à ces organisations, en tant que volontaires ou employés, leur permettrait d’être représentés dans un secteur d’activité de la société civile.

Sur le terrain, les questions de terminologie étaient souvent l’objet de discussions. Les mots à connotation raciale évoquaient dans de nombreux pays des souvenirs ou des images de « purification ethnique » et ne pouvaient par conséquent pas être utilisés dans leur traduction littérale. J’ai ainsi découvert qu’en Espagne le même problème se posait avec le terme « race » qui était tout simplement inacceptable dans un questionnaire. Il n’était donc pas question de le faire figurer dans la proposition. Au Danemark, traiter quelqu’un de « raciste » constitue un délit passible de poursuites pénales qui a donné lieu à des condamnations en justice pour diffamation. De même, l’expression « minorité ethnique » désigne dans de nombreux pays un statut social et juridique spécifique. Dans d’autres, comme par exemple certaines régions de la Scandinavie où vivent les Lapons (Sami), les minorités ethniques ont été reconnues formellement et leur langue et leur culture sont juridiquement protégées. Ailleurs, toute mention explicite de la race ou de l’appartenance ethnique d’un individu est illégale. Ces considérations non seulement limitaient le champ possible de mes questions, mais aussi les résultats de l’étude. Si aucune statistique ne rapprochait appartenance ethnique et emploi, comment pouvait-on apporter la preuve d’une éventuelle discrimination ?

Dans les pays où les populations étaient familiarisées avec des notions comme autonomisation et autodétermination, de multiples interprétations différentes coexistaient. Les concepts de discrimination positive et d’action positive soulevaient aussi des inquiétude et des débats. Les mots mêmes de « réfugié » et de « non-ressortissants » devaient être soigneusement définis de manière à pouvoir établir des comparaisons entre les différents pays européens.

Aller de l’avant
Les débats sur la terminologie prenaient beaucoup de temps mais donnaient lieu à des échanges exceptionnellement nourris. Ils revêtaient, selon moi, une importance capitale aussi bien pour le projet que pour les réalisations futures dans ce domaine.

Si l’on veut accomplir des progrès en matière d’intégration des réfugiés et d’autres migrants, il est indispensable que les protagonistes du secteur donnent aux mots qu’ils utilisent un sens identique. J’ai la conviction que l’on peut améliorer la communication entre les Européens en laissant aux groupes nationaux la possibilité de définir des termes comme « intégration », « contrôle ethnique » et « racisme ».

Ma proposition est la suivante. Des groupes réunissant des ressortissants nationaux et des réfugiés examineraient individuellement chaque concept. L’analyse, au niveau national, de la situation des réfugiés et de leurs problèmes devrait aboutir à une interprétation positive des termes et, par là même, faire avancer la réflexion et améliorer la compréhension. Ces groupes nationaux rendraient ensuite compte des résultats de leurs travaux à un groupe à l’échelle européenne.

À la réunion du groupe européen, les comptes rendus des débats nationaux fourniraient un éclairage sur l’interprétation qui est faite de ces termes dans les différentes cultures. Ils permettraient également de sensibiliser les représentants des divers pays européens aux spécificités de chacune d’entre elles. Là encore, cette procédure d’examen ouvrirait la voie à un dialogue constructif et novateur. Les résultats des travaux pourraient servir à l’élaboration d’un glossaire de terminologie.

Ce glossaire permettrait aux personnes intervenant dans les débats, au niveau européen, sur les questions de réfugiés, de mieux se comprendre et améliorerait la communication orale et écrite au sein de chaque pays et entre leurs représentants. Les traducteurs aux niveaux national et européen en concevraient une gratitude certaine! Ce qui importe plus que tout, serait l’impact sur l’intégration des réfugiés. Les questions concernant l’asile sont aujourd’hui urgentes. Pour que de réelles avancées soient possibles, il est indispensable que tous les intervenants comprennent parfaitement le sens des mots qu’ils utilisent et qu’ils soient sensibilisés aux raisons culturelles et historiques qui expliquent les autres interprétations possibles.

En quoi consiste cette plate-forme de coopération?

En quoi consiste le programme « Regroupons nos forces pour l’intégration des réfugiés en Europe »?

Pourquoi les Sociétés nationales décident-elles de s’y associer ?

Les mots ont-ils une importance ?

Participation des réfugiés : cas exemplaires de bonnes pratiques

Ressources utiles et publications

PERCO: Introduction (en anglais