Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et Croissant-Rouge (IFRC) Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et Croissant-Rouge (IFRC)
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Soutien psychologique

Améliorer le soutien psychologique
Les pertes en vies humaines et la destruction des moyens d'existence ne sont pas les seules souffrances causées par les catastrophes naturelles. Les problèmes de santé mentale liés au stress en sont un autre effet très répandu. S'ils sont moins visibles que la destruction physique de maisons et autres dommages matériels, ces traumatismes psychologiques sont souvent bien plus long à guérir.

L'expérience acquise dans le cadre d'interventions consécutives à des catastrophes technologiques a convaincu la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de la nécessité de fournir aux victimes un soutien psychologique, en complément des formes plus conventionnelles d'assistance. Dépourvus de formation particulière et peu préparés à intervenir dans ce domaine, des responsables de l'institution se sont attelés à l'élaboration de méthodes adéquates pour répondre à ce besoin auparavant négligé. En 1993, la Fédération internationale et la Croix-Rouge danoise ont créé un Centre de référence pour le soutien psychologique. Aujourd'hui, moins de dix ans plus tard, le soutien psychologique fait partie intégrante de toutes les opérations de secours, avec la fourniture d'abris, les services de santé et l'aide alimentaire.

En outre, la Stratégie 2010 de la Fédération définit la santé et l'assistance aux personnes comme un de ses quatre domaines d'action essentiels et attache à cet égard une importance particulière au soutien psychologique offert par ses volontaires aux membres les plus vulnérables de la communauté.

Le soutien psychologique est de plus en plus largement reconnu comme un élément clé des efforts de secours, de soins de santé, d'assistance et de premiers secours à travers le monde entier. Il se distingue toutefois de l'aide matérielle par le fait que le processus de relèvement est à la fois beaucoup plus long et moins visible. Seul un engagement à long terme est susceptible de garantir une réponse efficace aux problèmes psychologiques des victimes de crises et des volontaires qui participent aux opérations de secours.
Les enfants de la guerre
"Les progrès sont vraiment nets. Auparavant, les enfants dessinaient tout en noir. Aujourd'hui, ils sont beaucoup plus ouverts", raconte Mladin Telebak, un enseignant associé à un programme de soutien aux enfants traumatisés par la guerre à Banja Luka, en Bosnie-Herzégovine. Soutenu par la Croix-Rouge danoise, ce programme vise à aider ces enfants à surmonter la douloureuse expérience du conflit dans l'ex-Yougoslavie. Telebak est impressionné par l'impact du soutien psychologique sur les participants. "Au début, poursuit-il, ils ne voulaient pas parler. Maintenant, ils nouent des amitiés très fortes et partagent volontiers leur expérience de la guerre."
Domaines d'action: exploiter les atouts du Mouvement
Les émotions liées au stress peuvent annihiler la capacité des gens à surmonter leur peine et à entreprendre de reconstruire leur existence. Si on les néglige, ces symptômes psychologiques peuvent évoluer en troubles graves. Le soutien psychologique peut empêcher qu'une telle aggravation ne se produise. A travers l'utilisation et la diffusion de simples outils psychologiques dans le cadre d'ateliers de formation et de séminaires, les volontaires acquièrent la capacité d'aider les gens à surmonter leurs traumatismes.

Les programmes de la Fédération s'adressent à trois groupes-cibles qui peuvent souffrir de diverses formes de problèmes psychologiques et qui ont besoin d'assistance après une crise:
a) les victimes et autres personnes directement affectées par les événements;
b) les volontaires et employés des Sociétés nationales engagés dans les opérations de secours;
c) les délégués expatriés.
Les victimes et autres personnes directement affectées par la catastrophe reçoivent un soutien qui les aide à retrouver un cycle de réactions émotionnelles normales au regard du choc et des pertes subis. Les volontaires et employés des Sociétés nationales reçoivent une formation et un soutien qui les aide à faire face à la situation et à prendre conscience de leurs propres besoins psychologiques. Les délégués expatriés en mission pour la Fédération sont couramment exposés à diverses formes de pressions. Afin d'éviter qu'ils ne souffrent de conséquences durables, une aide psychologique leur est fournie pour les aider à gérer ce stress.
Au lendemain du violent tremblement de terre de 1999 en Turquie, la Fédération a mis en place un programme de soutien psychologique pour aider les victimes dans le long et difficile processus du relèvement et de la reconstruction.
a) Les victimes et autres personnes directement affectées
Les victimes d'une catastrophe doivent à la fois retrouver une qualité de vie acceptable sur les plans physique et matériel, et surmonter leurs souffrances émotionnelles. Pour cela, elles ont besoin d'une assistance dans chacun de ces domaines. La Fédération s'y emploie en considérant l'individu comme une entité.

Les facteurs clés du soutien psychologique aux victimes sont une interaction et une présence permanentes, conditions essentielles pour restaurer l'espoir et le sentiment de sécurité. Ce soutien a pour but d'aider la personne affectée à améliorer sa capacité individuelle à faire face et à renforcer l'aide offerte par les membres de sa famille et ses amis. A terme, l'objectif consiste à donner à la communauté les moyens de pourvoir à ses propres besoins.

Des programmes de soutien psychologique sont de plus en plus couramment intégrés dans les opérations de secours. Récemment, deux grands programmes de ce type ont été lancés au Kosovo et en Turquie. L'un et l'autre sont menés en parallèle avec l'assistance conventionnelle, de manière à aider les bénéficiaires à surmonter leurs traumatismes psychologiques et à répondre dans le même temps à leurs besoins matériels. Des centres psychosociaux établis au sein des communautés les plus éprouvées constituent les éléments centraux de ces deux programmes.

Les enfants comptent parmi les victimes les plus vulnérables des événements violents, en raison principalement de leur dépendance vis-à-vis des adultes tant pour leur sécurité que pour le développement harmonieux de leur esprit et de leur corps. Un programme pour les enfants affectés par les conflits armés (Children Affected by Armed Conflict - CABAC) est actuellement mis en place dans les Balkans et en Afrique. Il s'appuie sur une institution universelle (l'école) et sur la participation d'une profession respectée (l'instituteur). Des activités collectives et créatives permettent aux enfants d'exprimer leurs émotions et leurs préoccupations.

D'autres programmes de soutien psychologique sont destinés à ceux qui s'occupent des personnes vivant avec le VIH/sida. Les volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge aident ces dernières par le biais de programmes d'assistance à domicile. Ils s'emploient à fournir un soutien émotionnel aux familles et aux malades, à encourager les membres de la famille à prendre soin de leurs parents malades à la maison, ainsi qu'à dispenser des notions de prévention. Les personnes qui s'occupent des gens qui vivent avec le VIH/sida sont elles-mêmes soumises à un stress énorme. C'est pourquoi les programmes de lutte contre le VIH/sida doivent également prendre en compte leurs besoins particuliers. Aider ceux qui aident - dont un grand nombre sont séropositifs - est une nécessité, pas un luxe. Ce programme sera élargi en accordant une attention accrue à la formation de ces personnes de façon à leur permettre de gérer le mieux possible leur stress.
Le difficile processus du deuil
Sabrie Zequiri, 38 ans, vit dans un petit village du Kosovo avec ses sept enfants. Son mari a disparu en 2000 pendant le conflit entre les forces de l'OTAN et l'armée yougoslave. La famille s'est accrochée à l'espoir qu'il était détenu dans une prison serbe et qu'il rentrerait un jour. A cause de l'incertitude, elle a eu beaucoup de mal à accepter l'idée de sa perte et à entreprendre le processus du deuil. Sabrie et ses enfants ont développé entre eux une dépendance malsaine, s'isolant du reste de la communauté. Une équipe mobile d'auxiliaires de la Croix-Rouge s'est efforcée de les aider par ses conseils à surmonter le traumatisme. Aujourd'hui, les enfants de Sabrie fréquentent l'école et participent à diverses activités en dehors du foyer.
b) Les volontaires et employés des Sociétés nationales engagés dans les opérations de secours
Le soutien psychologique a pour but d'aider l'individu à surmonter des épreuves tels que choc, dénuement, deuil, sentiment d'impuissance. Ces épreuves sont communes à toutes les sociétés humaines, mais les mécanismes de réaction varient selon les cultures. Grâce à leur implantation au sein de la communauté, les employés et volontaires locaux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge fournissent un soutien psychologique qui transcende les barrières culturelles. En outre, l'éducation et la formation au soutien psychologique s'appuie sur des ressources et des spécialistes locaux, ce qui garantit la meilleure adéquation possible des interventions au contexte culturel.

Les volontaires spécialisés dans cette discipline offrent des services d'écoute active, d'information et d'orientation, et ils aident les bénéficiaires à satisfaire leurs besoins essentiels. Des groupes de soutien sont constitués afin de contribuer à résoudre certains problèmes communs, de favoriser l'expression des sentiments et émotions, d'améliorer les aptitudes à la communication, de promouvoir la solidarité communautaire et de développer des attitudes de confiance, d'empathie et de compréhension.

A long terme, les programmes de soutien psychologique contribuent à préparer les communautés à faire face par leurs propres moyens aux problèmes de stress consécutifs à des catastrophes. Parallèlement, ils participent au développement et au renforcement des capacités des sections locales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Une attention particulière est accordée au développement de solides systèmes de soutien en faveur des volontaires. Des professionnels de la santé mentale organisent leur travail et leur fournissent un encadrement régulier. Les volontaires sont eux aussi vulnérables, car ils sont souvent personnellement touchés par les crises dans le cadre desquelles ils interviennent. La supervision constitue l'outil le plus efficace pour leur épargner les traumatismes et pour les aider, le cas échéant, à gérer le stress.

c) Les délégués expatriés
Le travail dans les situations de crise est stressant et le stress peut limiter les capacités des délégués au moment où leur contribution est la plus précieuse. C'est pourquoi il est crucial de veiller à leur bien-être. Les délégués sont initiés aux manifestations et symptômes de stress et de traumatisme et formés aux techniques de gestion du stress. Ils bénéficient également d'un soutien permanent dans ce domaine pendant et après leurs missions. Le débriefing psychologique leur permet d'exprimer leurs sentiments, d'approfondir leur compréhension du stress et des autres facteurs qui affectent leur équilibre psychologique, et d'aborder plus facilement le retour à la vie normale.
S'aider soi-même en aidant les autres
David Mukasa est conseiller auprès du réseau VIH/sida en Ouganda. Lui-même séropositif, il a donné un émouvant témoignage à la 5e Conférence panafricaine de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. C'est en 1989 que David est tombé malade et a appris qu'il était contaminé par le virus. A l'époque, sa mère s'est occupée de lui à la maison et sa santé s'est peu à peu améliorée. Après avoir eu confirmation de sa séropositivité, il a décidé de changer de vie en prenant un emploi à mi-temps et en s'engageant dans des activités de conseil et d'éducation sur le VIH/sida. "S'engager dans la prévention du VIH/sida et partager sa propre expérience est une forme de thérapie, explique-t-il. Votre qualité de vie s'améliore, même si vous restez pleinement conscient de votre vulnérabilité."
Partenaires
La Fédération continue de renforcer sa collaboration avec les agences des Nations unies (OMS, UNICEF, HCR), ONG, associations de professionnels de la santé mentale, instituts de recherche et autres organismes spécialisés dans le domaine du soutien psychologique.

L'OMS a reconnu la santé mentale comme une question prioritaire, en faisant notamment de celle-ci le thème de la Journée mondiale de la santé. La Fédération a contribué au Rapport sur la santé dans le monde 2001 par le biais d'études de cas sur les programmes de soutien psychologique de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Afin de renforcer encore les partenariats mondiaux et la participation des professionnels, elle a récemment signé un mémorandum d'accord avec le Disaster Mental Health Institute de l'Université du Dakota du Sud. Des accords similaires sont en préparation avec l'Université de Copenhague et la Nottingham Trent University, ainsi qu'avec d'autres universités de différentes parties du monde.

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