Tsunami, quatre ans après

Publié: 30 décembre 2008 0:00 CET

Jerry Talbot, the special representative for the tsunami operation of the International Federation of Red Cross and Red Crescent Societies

A la mi-novembre 2008, un séisme d’une magnitude de 7,7 sur l’échelle de Richter a secoué l’île indonésienne de Sulawesi, faisant quatre morts, endommageant des ponts et des routes et chassant de leurs foyers un millier de familles.

Il n’a guère été question à travers le monde de ce séisme et de ses répliques – la catastrophe n’était tout simplement pas assez grave pour faire l’actualité.

Néanmoins, des volontaires spécialisés de la Croix-Rouge indonésienne sont immédiatement entrés en action à Sulawesi. Ils ont évacué les occupants de maisons qui menaçaient de s’effondrer, ont distribué des médicaments, des couvertures et des produits pour bébés, et procédé à des évaluations des besoins des sinistrés.

Sans eux, le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd. A cause des dégâts subis par les routes, ils ont été livrés à eux-mêmes pendant les premières heures critiques qui suivent toute catastrophe. Au demeurant, même quand les routes, les ports et les aéroports sont praticables, l’aide extérieure arrive toujours plus tard. Et les fonds à disposition dépendent toujours de la générosité des donateurs.

La catastrophe de Sulawesi nous rappelle que, dans de telles circonstances, la ressource la plus précieuse n’est pas l’argent, mais la personne – des individus dévoués et qualifiés, préparés à agir quand l’impensable se produit. Le volontariat au niveau local signifie que des personnes sont en tout temps présentes parmi les communautés exposées et prêtes à mener des actions vitales et immédiates en cas de nécessité.

Les catastrophes majeures, comme le tsunami de 2004 dans l’Océan Indien, ont un énorme retentissement et mobilisent des milliards de dollars, des tonnes d’articles de secours et des centaines de délégués internationaux. Grâce à ces ressources, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a pu mettre sur pied la plus formidable opération d’assistance de son histoire, avec un budget s’élevant à 3,108 milliards de francs suisses et des programmes couvrant toute la région.

Les résultats sont remarquables, eu égard à la multitude des défis et à la complexité des problèmes causés par le tsunami. Quatre ans après la tragédie, 97 pour 100 des habitations prévues ont été rebâties ou sont en cours de construction, plus de 500 000 personnes bénéficient d’un approvisionnement en eau amélioré et 375 000 ont profité de services de santé communautaires.

Pourtant, l’opération tsunami est tout sauf ordinaire. En effet, il s’agit de faire face jour après jour à tout un éventail de chocs localisés qui peuvent réduire à néant des années de développement social et économique et dont les effets cumulés affectent cruellement une multitude de personnes. Dans de nombreux contextes, on est confronté à de multiples crises mineures – troubles et tensions sporadiques, flambées de maladies, explosion des prix des denrées alimentaires et des produits pétroliers, impact du changement climatique.

La meilleure réponse face à ces chocs quotidiens ne réside pas dans l’hypermédiatisation et la mobilisation extérieure. La réponse la plus rapide et la plus appropriée vient de ceux qui vivent et travaillent avec les communautés affectées, dans l’élaboration de solutions adaptées aux caractéristiques locales.

Aussitôt après le tsunami de l’Océan Indien, des volontaires qualifiés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui, pour beaucoup, avaient eux-mêmes perdu des proches dans la catastrophe, se sont mobilisés pour assister leurs communautés.

Le même état d’esprit prévaut encore aujourd’hui en Indonésie à la suite du séisme de Sulawesi ou dans la Corne de l’Afrique frappée par la crise alimentaire. La même solidarité s’est manifestée en mai 2008 au lendemain du tremblement de terre du Sichuan en Chine et du passage du cyclone Nargis en Birmanie, ou pendant la dévastatrice saison des ouragans dans les Amériques.

Notre travail commence bien avant qu’une catastrophe ne se produise. Notre stratégie consiste à limiter les risques de catastrophes en développant une culture de la prévention s’articulant autour du concept ‘alerte anticipée, action anticipée’. L’alerte anticipée consiste à analyser les risques effectifs et potentiels et à préparer les communautés aux dangers prévisibles – et imprévisibles – qui pèsent sur elles. L’action anticipée consiste à s’attaquer aux vulnérabilités structurelles de façon à atténuer les risques et à limiter l’impact des éventuelles catastrophes.

Zainal Abidin, un pêcheur d’Aceh, a perdu sa maison lors du tsunami. Il a demandé à la Fédération internationale de lui construire une habitation de style traditionnel, sur pilotis, avec une ossature en bois. “J’ai choisi cette maison parce que je vis dans la crainte d’un nouveau tsunami”, explique-t-il. “Nous avons peur des maisons en briques à cause des séismes. Les maisons en bois sont plus sûres, parce qu’elles ne s’effondrent pas quand la terre tremble.”

Les programmes Croix-Rouge et Croissant-Rouge contribuent à accroître la résilience des communautés locales et, à terme, favorisent le développement. Nos efforts pour améliorer la préparation aux catastrophes et les capacités de nos Sociétés membres font évoluer les modes de vie, les attitudes et les états d’esprit au niveau communautaire. Ils encouragent les gens à travailler ensemble et en bonne harmonie selon les principes fondamentaux du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, en faisant fi des barrières ethniques, religieuses et sociales.

Du fait de la magnitude énorme de la catastrophe de 2004, beaucoup de gens et de lieux ne seront plus jamais comme avant. La tragédie ne peut être effacée par de nouvelles maisons, écoles et cliniques, par des emplois, des filets de pêche ou de l’eau potable.

Toutefois, la formidable générosité suscitée par cette tragédie a permis à la Fédération internationale de renforcer l’aptitude des communautés sinistrées à surmonter de futures crises, qu’elles soient le résultat de catastrophes naturelles, de maladies, de conflits, de l’inflation ou du changement climatique. En consolidant les capacités des communautés et des réseaux locaux de volontaires Croix-Rouge et Croissant-Rouge, nous contribuons à améliorer durablement les conditions d’existence des gens avant, pendant et après les crises.


Carte