Conflit, pauvreté, sida et espoir

Publié: 20 octobre 2008 0:00 CET



Les organisations humanitaires qui recherchent des fonds pour mener des opérations de secours en Afrique sont confrontées à un terrible dilemme. En mettant l’accent sur la souffrance des Africains qui manquent de nourriture et de soins, qui luttent contre les inondations, la sécheresse et la famine, qui fuient la guerre et les violences communautaires, elles courent le risque de renforcer l’image négative d’un continent souvent perçu comme ravagé et sans espoir.

Si elles adoptent une approche purement positive, les donateurs, dont les ressources deviendront de plus en plus limitées du fait de la crise financière actuelle, ne répondront pas à leurs appels.

La faim frappe une partie de l’Ethiopie et la situation alimentaire au Zimbabwe est la pire que le pays ait jamais connu. Deux appels ont été lancés pour soutenir les actions menées par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge dans ces deux pays. Leur couverture financière est cependant mauvaise jusqu’ici.

En 2008, de nouveaux combats ont éclaté dans l’Est de la République démocratique du Congo, en Somalie et au Darfour; d'autres ont repris au Burundi, au Tchad et au Mali. Le Ghana et l'Afrique du Sud ont été secoués par d’importantes vagues de violence communautaires. Tous ces événements négatifs ont été relatés par les médias occidentaux qui n'ont pas manqué également d’évoquer les actes de piraterie perpétrés contre des bateaux au large de la Somalie et du Nigeria, la persécution des albinos et les violences xénophobes.

Le portrait déprimant qui est tracé de l’Afrique, véritable « Chambre des horreurs » ne contribue-t-il pas, de lui-même, à créer cette situation, occultant les bonnes nouvelles de plus en plus nombreuses qui nous parviennent? Ce portrait est-il aujourd'hui un obstacle au développement du continent, qui conduira le monde à se détourner de lui en l’abandonnant à son sort?

Il est beaucoup trop tôt pour dire que nous avons vaincu le VIH en Afrique mais il est possible qu’il ait atteint son pic ?

Tout le monde sait que, par définition, les nouvelles ont tendance à être mauvaises et, par nature, plus spectaculaires, plus opportunes et plus fascinantes que ce que nous vivons au quotidien. Les organisations humanitaires doivent être réalistes: le déclenchement soudain de combats et l’exode massif de populations seront toujours considérés comme plus intéressants à publier que les vastes opérations de secours menées pendant des semaines et des mois pour permettre aux réfugiés de rentrer chez eux au compte-gouttes.

Mais existe-t-il une quelconque raison pour que l’augmentation du taux de prévalence du VIH en Afrique intéresse davantage l’opinion publique qu’une baisse de ce taux, que l’on constate dans plusieurs pays africains? Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, le VIH s’est stabilisé ou a montré des signes de déclin selon le rapport publié par ONUSIDA l’année dernière. La baisse du taux de prévalence est avérée en Côte d’Ivoire, au Kenya et au Zimbabwe. Le travail préventif mené sur le terrain, qui mobilise des milliers de volontaires de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge issus des communautés, semble porter ses fruits.

Il est beaucoup trop tôt pour dire que le VIH a été vaincu en Afrique, mais il est possible qu’il ait atteint son pic.

Une étude portant sur la perception que les donateurs occidentaux ont de l’Afrique, commandée par la Fédération internationale, montre, comme l’a indiqué un officiel néerlandais, que « l’image de l’Afrique est mauvaise ».

Le second volet de cette même étude a permis de constater que la couverture que les pays occidentaux faisaient de l’Afrique dégage effectivement un certain pessimisme, les trois quarts des sujets traitant d’événements négatifs.

Soyons clairs : ce sont souvent les journalistes qui attirent l’attention du public sur des crises que les attachés de presse des organisations humanitaires ont bien du mal à faire connaître. La famine qui a frappé l’Ethiopie en 1984 en est un exemple célèbre, mais aussi, plus récemment, la crise alimentaire de 2005 au Niger ou le déplacement de centaines de milliers de personnes dans près de 20 pays suite à des inondations.

Souvent, ce sont les journalistes qui font avancer les choses en se rendant seuls dans les contrées inondées ou frappées par la sécheresse pour prendre des clichés qui retiendront l’attention du monde. Mais les premiers à intervenir et les mieux placés pour le faire, bien avant que les acteurs humanitaires de l’étranger n’arrivent sur place, sont presque toujours les volontaires des communautés touchées.

Malheureusement, l’économie monopolise l’attention des journaux au détriment des pays africains qui tentent, avec de plus en plus de succès, de sortir des conflits, de lutter contre de la pauvreté et les maladies et de se protéger contres les catastrophes naturelles et les ravages du changement climatique.

Qui sait, par exemple, que l’Afrique a été un acteur clé du programme mondial de lutte contre la rougeole ? Le nombre de décès dus à la maladie à chuté de 91 pour cent entre 2000 et 2006, et ce que « l’Initiative contre la rougeole » (qui regroupe plusieurs organisations) a qualifié de « résultats spectaculaires » en Afrique a permis de faire chuter les cas de décès dus à la rougeole de près de 70% dans le monde. Certes, cette information a été relayée par les journaux, mais pas de manière massive.

Si 100 000 personnes étaient évacuées suite à des inondations en Europe ou aux Etats-Unis, on en parlerait dans les journaux du soir

Il est plus difficile de tirer des conclusions concernant les statistiques sur le paludisme, mais tout laisse à croire que des progrès importants ont été enregistrés en Afrique, en particulier grâce à la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide. Au moins sept pays africains ont enregistré une baisse du nombre de décès dus au paludisme. Une étude récente de la Croix-Rouge menée en Sierra Leone au terme du programme de distribution à montré que les moustiquaires étaient de plus en plus utilisées. Le lien entre les deux ne fait aucun doute.

Il est également regrettable, compte tenu de la couverture médiatique dont bénéficient les conflits qui se déroulent en Afrique, que certaines informations, notamment les accords conclus au mois de mai par neuf pays d’Afrique de l’Est concernant un plan de huit milliards de dollars destiné à sauver le Niger, le troisième fleuve le plus important du continent, ne figurent pas dans les grands titres en cas d’actualité chargée. Au cours des vingt dernières années, le niveau du fleuve a considérablement baissé sous les effets du changement climatique, de la pollution industrielle et de l’augmentation de la population.

Si près de 100 000 personnes d’une région toute entière étaient évacuées sans incident et sans qu’il y ait de victime suite à des inondations et que cela se passe en Europe ou aux Etats-Unis, les journaux du soir ne manqueraient pas de couvrir cet événement. C’est exactement ce qui s’est passé au Mozambique au début de l’année et aucun journal ou presque n’en pas parlé, l’information est passée inaperçue. Pourtant, c’est une véritable prouesse qu’a accompli ce pays qui sort de conflit et dispose de ressources limitées, mobilisant de gros bateaux, des VHF portatives et des volontaires de la Croix-Rouge.

En réalité, l’Afrique n’est pas le seul problème : les catastrophes sont des « événements d’actualité », les catastrophes évitées n’en sont pas.

Les dirigeants des principaux pays donateurs qui ont pris part à notre étude pensent que plus de place doit être faite aux progrès réalisés en Afrique, très probablement parce qu’ils ont besoin de montrer des résultats à leurs contribuables, la baisse du nombre de décès dus au paludisme par exemple, plutôt que les actions mises en œuvre pour y parvenir, la distribution de moustiquaires en l’occurrence.

Le commerce est le seul domaine dans lequel l’Afrique est perçue comme un continent qui va de l’avant, l’exemple classique étant la croissance exponentielle du marché de la téléphonie mobile. Selon notre étude, la plupart des articles positifs concernant l’Afrique se trouve dans la rubrique écononique des médias occidentaux. Il y a quelques semaines seulement, par exemple, on a pu lire dans les journaux que le Mozambique avait adopté un plan visant à construire des voitures fonctionnant au gaz afin de tirer parti de ses ressources naturelles.

Ironiquement, il aura fallu la crise que nous connaissons pour que les investisseurs, qui cherchent à se protéger de la tempête financière, découvrent que les 15 pays de l’Afrique subsaharienne disposent de marchés financiers qui fonctionnent bien, dont la capitalisation est estimée, si l’on excepte, l’Afrique du Sud, à 100 milliards de dollars.

Pour tous, un seul mot d’ordre: achetez.

Il est grand temps de reconnaître et de mettre en avant les nombreuses bonnes nouvelles qui nous parviennent du continent africain. Et de croire en l’Afrique.


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