Kazakhstan: lutte contre la tuberculose par l’exemple

Publié: 23 mars 2009 0:00 CET

Amanda George, British Red Cross, in Kazakhstan

Rosa, ancienne cliente du Croissant-Rouge du Kazakhstan, a été contaminée par le VIH en consommant de la drogue par injection, puis a contracté la tuberculose en prison où elle purgeait une peine en relation avec sa toxicomanie. Aujourd’hui, cette femme de 48 ans dirige une équipe dans le cadre du programme du Croissant-Rouge sur la co-infection par la tuberculose et le VIH à Almaty, la principale ville du pays.

Du fait de son expérience personnelle, Rosa comprend parfaitement ce que doivent endurer les clients du Croissant-Rouge. Ayant suivi – avec succès – un traitement contre la tuberculose à sa sortie de prison, elle a décidé d’aider ceux qui sont confrontés à cette pénible épreuve.

Rosa a repris confiance en elle-même dès l’instant où elle a commencé son travail, qui lui apporte une profonde satisfaction. “Autrefois, je n’étais qu’une toxicomane à la dérive. A présent, je me sens utile et j’ai pu développer ma propre personnalité. Et j’ai repris goût à la vie!”

En butte à l’opprobre

Rosa reste en butte à l’opprobre à cause de sa séropositivité au VIH. Elle n’en a rien dit à sa fille, bien que trois autres membres de la famille soient également infectés.

“Ce que je trouve le plus dur”, confesse-t-elle, les yeux baignés de larmes, “c’est le fait que, bien qu’étant Kazakh et née à Almaty, je ne peux pas obtenir la citoyenneté de mon pays et n’ai droit qu’à un passeport russe, parce que l’administration exige un certificat de santé et je ne satisferais pas aux critères. Néanmoins, j’ai de la chance d’avoir obtenu ce travail, car beaucoup de gens dans mon cas n’ont aucun espoir de trouver un emploi sans certificat de santé.”

En moyenne, Rosa assiste chaque jour une vingtaine de personnes vivant avec la tuberculose et le VIH, en particulier des anciens détenus, des travailleurs du sexe et des consommateurs de drogue par injection. L’approche novatrice du Croissant-Rouge du Kazakhstan s’appuie sur le recours à des équipes de professionnels pluridisciplinaires comprenant un travailleur social, un juriste et un psychologue. Les tâches de Rosa incluent le soutien psychosocial, l’aide à la recherche d’emploi, l’accompagnement aux services médicaux et l’orientation vers les centres de réinsertion. Son job est tout sauf facile.

Observation du traitement

“Nous nous heurtons à des difficultés très variées dans le cadre de nos activités courantes”, explique-t-elle. “Par exemple, de nombreux toxicomanes tuberculeux font des entorses au protocole de soins. Or, la stricte observation du traitement est essentielle. Nous faisons tout notre possible pour les persuader de se conformer aux prescriptions, mais les résultats ne sont pas garantis.”

Rosa est une fervente supportrice de l’action de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Elle a constaté une nette amélioration des attitudes et de l’intégration sociale des personnes co-infectées par la tuberculose et le VIH.

“Au début, nous consacrions beaucoup de temps et d’énergie à aller chercher les gens et à les convaincre de se rendre à nos locaux pour commencer le traitement et consulter un médecin. Maintenant, les personnes concernées viennent spontanément à nous.”

“La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ciblent les personnes les plus vulnérables pour tenter d’éviter que la tuberculose et le VIH ne se propagent davantage encore”, note Sholpan Ramazanova, qui dirige le programme.

Des résultats évidents

“La tuberculose est le premier facteur de mortalité parmi les personnes vivant avec le VIH. Notre programme sauve des vies en aidant les patients à suivre des traitements pénibles et en les soutenant face à la stigmatisation sociale. Quoique très récent, il affiche déjà des résultats évidents.”

Rosa pense que l’aspect le plus important de ce programme est sa composante éducative et informative.

“Il est crucial que les gens soient bien au fait des risques associés à la tuberculose et au VIH, de la façon de s’en prémunir, de la marche à suivre pour recevoir des soins et de la manière dont on peut aider les personnes infectées”, affirme-t-elle.

“A l’école, ma fille a eu des cours spéciaux sur la prévention de la tuberculose et du VIH et sur l’hygiène de vie. En la regardant faire ses devoirs à domicile, j’ai songé que, si j’avais moi-même été sensibilisée aux risques et aux méthodes de prévention, je n’aurais probablement pas été contaminée.”


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