Mise en scène d’une catastrophe et remise sur pieds d’une communauté – la crise sismique d’El Hierro

En octobre 2011, la plus occidentale des îles Canaries, El Hierro, qui compte environ 11 000 habitants, a été touchée par une éruption volcanique – le premier cas documenté d’activité sismique depuis deux siècles. Une éruption sous-marine, précédée d’une série de secousses telluriques de plus en plus puissantes, bien que de faible magnitude, a provoqué une coloration de l’océan et des émissions de gaz et libéré des « bombes volcaniques » flottantes. L’éruption, située à quelques kilomètres au sud du village de pêcheurs et du site de plongée de La Restinga, a duré cinq mois.
Pour les scientifiques, il s’agissait d’une rare occasion d’observer une éruption volcanique dans les îles Canaries. Plusieurs hypothèses ont été formulées quant aux dangers, et un plan de protection civile, répartissant les responsabilités entre différentes institutions, a été mis en place. Certains spécialistes régionaux ont été exclus de ce plan, ce qui a déclenché une longue controverse au sujet de la « mauvaise gestion » de la situation. Des militaires ont été envoyés à La Restinga, dont la population a été évacuée à deux reprises.
Plusieurs mesures, dont une interdiction de la pêche qui a touché le tourisme, n’ont pas été vues d’un bon œil par certains. Les responsables politiques d’El Hierro étaient dépassés par la situation et s’efforçaient de relayer les informations, même si celles-ci étaient parfois contradictoires.
La population était confrontée à un phénomène naturel à la fois inquiétant et fascinant (qui n’a heureusement pas fait de victimes), qui a suscité une importante couverture médiatique. Les images des forces militaires débarquant sur l’île et de l’océan bouillonnant étaient associées à des messages tels que « alerte aux gaz toxiques » et « bulles de gaz explosif ». Aujourd’hui encore, plusieurs blogs rapportent que des secousses continuent de se produire. Des cartes illustrant les épisodes sismiques contribuent à alimenter ce récit catastrophe, même si la plupart des secousses se situent en dessous du seuil de perception.
La plupart des habitants s’accordent à dire que les propos alarmistes des médias et les mesures prises par les autorités ont pesé sur le tourisme, qui a chuté d’environ 60 % en deux ans. Conjuguée à la crise économique qui frappe l’Espagne, cette situation a été lourde de conséquences pour de nombreux moyens de subsistance.
Dépeindre El Hierro comme un endroit dangereux a porté atteinte au bien-être de la population. Dans ce contexte, de nombreuses stratégies ont été mises en place pour contrer l’image qui a été donnée de ce phénomène sismique. Les médias locaux, conscients de l’impact négatif que peut avoir ce « tableau catastrophe », s’efforcent de sélectionner les images qu’ils utilisent. Les autorités mettent l’accent sur les exemples positifs d’activité volcanique (comme Hawaï), et non sur les risques éventuels. Les blogs rassurent les touristes potentiels en expliquant que l’île est sûre, et des campagnes mettent maintenant en avant ses origines volcaniques.

auteurs

Le chapitre 1 a été écrit par Terry Cannon, chercheur à l’Institute of Development Studies (Royaume-Uni), avec le soutien de Fred Krüger, de l’Institut de géographie, Université Friedrich-Alexander d’Erlangen-Nuremberg (Allemagne) ; de Greg Bankoff, de l’Université de Hull ; de Lisa Schipper, assistante de recherche au Overseas Development Institute, Londres. L’encadré a été rédigé par Benedikt Orlowski, de l’Institut de géographie, Université Friedrich-Alexander d’Erlangen-Nuremberg.