Au front de deux catastrophes
Il y a trois mois, un typhon dévastateur a frappé une partie des Philippines qui avait déjà subi un tremblement de terre catastrophique un mois plus tôt. Comme toujours, les volontaires des communautés durement touchées ont joué un rôle crucial. Voici leurs histoires.
Affronter les dangers, aider ses voisins.
Lors de chacune des grandes catastrophes qui ont frappé les Philippines à la fin de l’année 2025 — le séisme de Cebu, le typhon Kalmaegi (Tino) et le super typhon Fung-Wong (Uwan) — des équipes de volontaires et de personnel de la Croix-Rouge philippine étaient sur le terrain pour secourir les familles, fournir une assistance et apporter du réconfort.
Alors que l’année 2026 a été désignée Année internationale des volontaires, nous rendons hommage au travail salvateur et transformateur qu’ils accomplissent, tout en soulignant la nécessité de continuer à soutenir leurs efforts alors que les communautés se reconstruisent, trois mois après le passage des tempêtes.
Au cours des quatre derniers mois depuis le tremblement de terre, plus de 1 100 volontaires ont contribué activement à la réponse combinée, soutenue par la Croix-Rouge philippine et l’IFRC à travers un appel d’urgence mondial couvrant ces crises cumulées. Malgré les inquiétudes pour leurs proches et leurs pertes personnelles, ils continuent de répondre présents jour après jour pour soutenir leurs communautés dans leur relèvement.
Comme le montrent ces récits, leur présence au plus près des communautés leur a permis d’agir rapidement, en aidant leurs amis, voisins et familles à se mettre en sécurité et à recevoir des soins — une réalité mise en avant dans la campagne « Local, Partout » de l’IFRC.
Leur proximité avec les communautés, toutefois, signifie que ces volontaires et leurs familles sont eux aussi exposés aux mêmes dangers, blessures, pertes et chagrins que les personnes qu’ils s’efforcent d’aider.
Here are the stories of just five volunteers, in their own words, who gave their all to help others, even as they themselves were reeling under the same disasters.
Christian Rosal : « Je me sens bien d’aider les autres, mais j’ai mal. »
Christian Rosal conduit une ambulance et apprend à appuyer les équipes médicales de la Croix-Rouge philippine. Il n’était volontaire au sein de la Croix-Rouge philippine à Cebu City que depuis un mois lorsque le typhon Kalmaegi a frappé, détruisant sa maison et emportant sa mère dans les eaux de crue.
Malheureusement, au moment où ces lignes sont écrites, elle n’a toujours pas été retrouvée et est présumée décédée.
« Depuis que j’ai commencé à être volontaire, je restais à la branche afin de pouvoir tout apprendre sur la Croix-Rouge : les protocoles, les personnes, les premiers secours. J’envoyais toujours à ma mère des photos et des messages sur ce que je faisais. Elle était très heureuse pour moi. »
« J’étais en train d’acheter à manger pour les autres volontaires lorsque j’ai reçu un message de mes cousins m’annonçant que ma mère avait disparu. J’ai cru à une mauvaise blague. Mais ce n’en était pas une. »
« Elle était ma seule famille — je n’ai ni frères ni sœurs. Après Kalmaegi, je n’avais plus rien. Ma maison avait disparu ; je n’avais plus que quelques vêtements dans un sac de voyage, ici, au bâtiment de la branche. Je vis toujours ici pendant que j’essaie de reconstruire ma vie. »
« Chaque matin, je me lève et je range, je nettoie la cuisine et je fais la vaisselle. Cela me donne quelque chose sur quoi me concentrer. J’ai aussi reçu un kit d’abri de la Croix-Rouge lorsqu’ils sont venus dans mon barangay, ce qui va m’aider. »
« Mon père était chauffeur de jeepney [transport public] avant de décéder, et j’ai appris à conduire parce que je voulais le rendre fier. Aujourd’hui, je conduis une ambulance pour la Croix-Rouge. »
« Je me sens coupable, parce que j’étais en intervention en aidant les autres, mais je n’étais pas là pour aider ma propre famille. »
« Je fais des blagues pour essayer de rendre les choses un peu plus légères, pas seulement pour moi mais aussi pour les autres volontaires. Mais au fond, je me sens très mal. Je me sens bien d’aider les autres, mais je souffre. Ma mère me manque énormément. J’aurais aimé pouvoir lui offrir une sépulture. Aujourd’hui, la Croix-Rouge est ma famille. »
Christian Rosal sits inside the ambulance he drives for the Philippine Red Cross Society.
Christian Rosal sits inside the ambulance he drives for the Philippine Red Cross Society.
A Philippine Red Cross ambulance team responds during Typhoon Kalmaegi.
A Philippine Red Cross ambulance team responds during Typhoon Kalmaegi.
Princess et Mark : « Nous ne paniquions pas, mais j’étais rempli(e) d’adrénaline. »
Mark Nino Abriniga, 21 ans, et Princess Mary Balagulan, 20 ans, sont tous deux étudiants en soins infirmiers et membres d’une équipe des services médicaux d’urgence de la Croix-Rouge philippine [RP1] à Cebu City, qui a secouru une mère et son nouveau-né au marché local.
La mère s’y était réfugiée pendant le typhon Kalmaegi lorsqu’elle a commencé le travail.
Mark : « Vers 7h15, nous sommes sortis pour répondre à un appel concernant une urgence obstétricale. Quand nous sommes arrivés, la zone autour du bâtiment était inondée, avec de l’eau jusqu’à la taille, et nous étions les seuls sur place. C’était une jeune femme de 19 ans, et elle venait d’accoucher. Nous ne paniquions pas, mais j’étais rempli d’adrénaline. »
Princess : « Aucun(e) d’entre nous quatre n’avait encore été confronté(e) à ce type d’urgence dans la vie réelle. J’étais nerveuse. C’est différent quand on est étudiante en soins infirmiers à l’hôpital et qu’on a un superviseur à ses côtés. »
« Le lieu était aussi très différent, car ce n’était pas un environnement stérile : il y avait beaucoup de personnes dans le bâtiment du marché [utilisé comme centre d’évacuation] et ce n’était pas propre. Les décisions que l’on prend sont cruciales — on ne pense pas à soi — et nous avions deux patients : la mère et le bébé. »
Mark : « Nous avons examiné la mère : elle n’avait pas mal, mais elle avait perdu beaucoup de sang, et le bébé pleurait. Nous avons clampé le cordon [ombilical] et stabilisé la mère afin de pouvoir les transporter tous les deux vers l’hôpital. Des pompiers nous ont aidés à les installer dans un bateau de secours pour les amener jusqu’à l’ambulance, puis à l’hôpital. »
« J’habite à Talisay City. Les voisins ont réveillé ma mère et ma sœur parce qu’il y avait des inondations. Elles voulaient sortir, mais l’eau leur arrivait déjà aux hanches et le courant était si fort qu’elles ont failli être emportées. »
« D’autres voisins les ont sauvées, puis elles sont montées au deuxième étage. Nous sommes encore en train de nettoyer. Tous les appareils électroménagers sont endommagés, nous avons l’électricité mais pas d’eau, et nous utilisons la pompe du village. »
« Nous avons reçu des articles d’hygiène, un kit cuisine, un kit de couchage et de l’eau potable de la Croix-Rouge. Le kit de couchage nous aide énormément, ainsi que le savon et les brosses à dents du kit d’hygiène. »
Princess : « Quand je suis dans la communauté, je vois que les gens gardent encore espoir, mais on voit aussi les dégâts. C’est tellement triste de voir les gens souffrir, mais je vois aussi à quel point les volontaires sont résilients. Ils sont courageux et continuent de servir, même lorsqu’ils ont leurs propres problèmes dans leurs familles et leurs communautés. »
Eufemia Collado : « Les gens disaient que tout semblait sans espoir, mais après la pluie, il y a toujours du soleil. »
Eufemia Collado est volontaire à la Croix-Rouge philippine depuis plus de cinq ans. Elle faisait partie de l’équipe de la branche de Quirino, au nord de Luzon, qui a aidé les habitants à renforcer leurs maisons avant le passage du super typhon Fung-Wong, puis a distribué des repas chauds dans les centres d’évacuation avant et après la tempête.
« Nous avons été mobilisés toute la journée du 8 novembre pour nos actions anticipatoires : nous assurer que les gens avaient leurs kits de renforcement d’abri et qu’ils savaient comment les installer. Puis, le 9 novembre, nous avons distribué des repas chauds aux personnes déjà présentes dans les centres d’évacuation. Nous ne sommes rentrés à la branche qu’aux alentours de 19h, et le vent commençait déjà à se renforcer. »
« J’ai essayé de rentrer chez moi, où mes deux enfants (âgés de 13 et 8 ans) étaient avec ma mère de 75 ans, mais toutes les routes que nous avons empruntées étaient bloquées par des glissements de terrain ou des arbres tombés, et la météo empirait. Ce n’était plus sûr. »
« Heureusement, nous avions encore du réseau, ce qui m’a permis d’appeler mes enfants. J’étais triste de ne pas être auprès d’eux pour dormir avec eux lorsqu’ils avaient peur. Je n’ai pas pu dormir, car je pensais à eux toute la nuit. C’était comme si j’étais partagée en deux : mon engagement au travail et ma famille. »
« Je me suis levée dès les premières lueurs du jour parce que je voulais rentrer à la maison le plus vite possible. Il y avait des débris et des arbres tombés partout. Je ne savais pas par où commencer. Mais mon neveu m’a emmenée sur sa moto aussi loin qu’il le pouvait. »
« Lorsque nous sommes arrivés au dernier pont, l’eau était encore trop haute pour la moto — elle m’arrivait jusqu’aux cuisses — mais je ne pouvais pas attendre qu’elle baisse. J’ai traversé à pied dans l’eau et je me suis dépêchée de rentrer.
Quand mes enfants ont entendu ma voix, ils ont couru vers moi. C’était comme si je revenais d’un long voyage. Je ne suis pas sortie ce jour-là. Les gens disaient que tout semblait sans espoir, mais après la pluie, il y a toujours du soleil. »
Algon Gomez : « Nous pensions que le bâtiment allait s’effondrer. »
Algon Gomez fait partie de l’équipe des services médicaux d’urgence de la Croix-Rouge philippine à Bogo City et était de service en soirée le 30 septembre 2025, lorsque le séisme a frappé la province de Cebu.
« Nous avions reçu un appel à 21h, donc nous étions éveillés lorsque le tremblement de terre a frappé, ce qui était une bonne chose, car si nous avions dormi, nous ne serions plus là aujourd’hui. Sortir du bâtiment a été difficile : les vitres ont volé en éclats et nous pensions que le bâtiment allait s’effondrer. J’ai cru que j’allais mourir. Nous avions des bleus partout sur le corps. »
Mon téléphone était resté dans le bâtiment, donc la seule façon de contacter ma famille cette nuit-là était d’utiliser l’ambulance. Au moins, cela m’a permis d’être rassuré : ma famille était en sécurité et elle savait que moi aussi j’étais sain et sauf. Nous nous contactons après chaque forte réplique.
Tout au long de la nuit, nous avons continué à aider les personnes dans la ville, de rue en rue, de barangay en barangay. Nous avons reçu toutes sortes d’appels cette nuit-là et le matin : il y avait de nombreuses victimes et une personne est décédée.
À un moment, nous avons reçu un appel d’un coéquipier disant qu’ils n’arrivaient pas à joindre notre chef d’équipe, Ian. De 1h à 10h, nous avons participé aux opérations de recherche et de récupération, mais malheureusement, Ian était décédé. Au moins, son fils a survécu.
Où en est-on aujourd’hui
Quatre mois après le tremblement de terre et trois mois après les deux typhons, les populations des zones touchées peinent encore à reconstruire leurs maisons et leurs moyens de subsistance.
Avec le soutien de l’IFRC, la Croix-Rouge philippine se concentre sur l’assistance en matière d’abris, les transferts monétaires, ainsi que sur la garantie de l’accès à l’eau potable et à des installations d’assainissement sûres.
Partout dans le pays, les volontaires continuent de servir les communautés affectées par ces trois catastrophes majeures, tout en répondant également à un flux constant d’urgences localisées.
La réponse apportée jusqu’à présent.
Plus de 107 600 personnes ont reçu des repas chauds.
Plus de 18 000 personnes ont bénéficié d’un soutien psychosocial.
2,3 millions de litres d’eau potable ont été distribués à 94 500 personnes.
Plus de 600 familles ont reçu une assistance en espèces à usages multiples.
Près de 4 000 familles ont reçu des articles d’hygiène essentiels.
Près de 19 000 personnes ont été sensibilisées grâce à des séances de prévention des maladies.
Volontaires : de la ruine à l’espoir.
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