Mongolie : Aider les éleveurs à survivre au « Dzud de fer »
Le soleil brillait haut dans le ciel au-dessus des vastes steppes de la province de Sukhbaatar, à l’est de la Mongolie, tandis qu’Altantuya Damdinsuren, 54 ans, et sa sœur aînée Ochirbat Damdinsuren accueillaient les membres de la Croix-Rouge avec de larges sourires.À l’intérieur de leur ger (nom donné à l’habitation traditionnelle mongole), elles s’affairaient à préparer des raviolis à la viande de mouton et un bouillon d’os chaud pour leurs visiteurs, le tout provenant de leur propre troupeau. En Mongolie, il est de coutume d’offrir beaucoup de nourriture, de sucreries et de boissons aux invités.La Croix-Rouge mongole et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) étaient venues rendre visite aux deux sœurs pour prendre de leurs nouvelles, un an après qu’une longue période de froid extrême a durement frappé les familles d’éleveurs de la région.Cette visite s’inscrivait dans un effort d’évaluation pour voir dans quelle mesure les populations se remettent après avoir reçu une assistance cruciale de la Croix-Rouge, incluant du cash, des kits pour animaux, du foin, des compléments alimentaires, un soutien psychosocial, et bien plus encore.Parmi les plats proposés figurait un bol de fromage au lait fait maison, préparé à partir du premier lait de leur vache après que le veau nouveau-né ait été nourri. Pour les éleveurs mongols, les animaux sont bien plus qu’une source de subsistance — ce sont des compagnons de vie. Les familles d’éleveurs aident leurs animaux à vivre, se nourrir, mettre bas, survivre au froid, traverser les vastes étendues et rester en bonne santé.Sur une petite table d’appoint reposaient deux grandes assiettes contenant ce qui semblait être de l’herbe cultivée à domicile par les deux sœurs. Altantuya les prend dans ses mains et déclare : « C’est pour mes animaux. »Se relever après une perte dévastatriceCe soin intime porté au bétail est une pratique normale ici, mais il s’est révélé particulièrement crucial ces derniers mois, alors que les communautés tentaient de se remettre du froid extrême de l’année dernière — connu localement sous le nom de dzud. À travers la Mongolie, plus de 180 000 foyers d’éleveurs ont été gravement affectés par ce phénomène. En juillet 2024, plus de 8 millions de têtes de bétail — soit 12,5 % du cheptel national — avaient tragiquement péri, selon la Croix-Rouge mongole.Cette perte dramatique a entraîné une insécurité alimentaire généralisée, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), réduisant fortement la production de viande et de produits laitiers de base, faisant grimper les prix et perturbant les chaînes d’approvisionnement. Par ailleurs, les fortes chutes de neige ont fortement limité l’accès des éleveurs aux marchés.Les effets combinés de l’endettement accru, de la baisse du pouvoir d’achat et de l’inflation ont aggravé la situation. L’augmentation du coût du foin et des compléments alimentaires a encore renforcé les difficultés des familles d’éleveurs, en particulier celles dirigées par une seule personne, comme celle d’Altantuya, ou celles avec enfants« Les chefs de familles d’éleveurs ont particulièrement eu du mal à faire face au stress lié à la perte de leurs animaux bien-aimés », explique le Dr Gantulga Batbyamba, directeur du département Santé de la Croix-Rouge mongole. « La perte de bétail a un impact négatif sur leur santé mentale, les laissant désemparés et angoissés quant à l’avenir. »« De plus, les fortes chutes de neige qui ont accompagné le froid extrême ont empêché les enfants adultes vivant en ville, ou les plus jeunes scolarisés en internat en semaine, de rentrer chez eux pendant de longues périodes. »Altantuya elle-même a perdu près de 400 têtes de bétail de son précieux troupeau composé de chevaux, de chèvres, de moutons et de bovins. Il ne lui reste aujourd’hui qu’une centaine d’animaux, y compris les nouveau-nés. Son principal revenu a toujours été lié à l’élevage, elle perçoit également une pension de l’État.Pour faire face à cette perte immense de moyens de subsistance depuis le dzud de l’an dernier, Altantuya a contracté deux prêts distincts : l’un auprès d’une banque, l’autre garanti par sa pension.Réponse de la Croix-Rouge mongolePour aider des personnes comme Altantuya à se remettre de ce coup dévastateur, la Croix-Rouge mongole travaille aux côtés des communautés d’éleveurs depuis les premiers jours du dzud. L’une des toutes premières actions entreprises a été de fournir des kits de soins pour animaux ainsi qu’une aide en espèces à usage multiple aux ménages d’éleveurs.Pour Altantuya (et plus de 80 % des familles interrogées), cette aide en espèces a été une véritable bouée de sauvetage. Une grande partie a été dépensée rapidement pour acheter du foin supplémentaire, des compléments alimentaires et des produits nutritifs afin de maintenir leurs animaux en vie.Une grande partie de ce soutien a été rendue possible grâce aux ressources mobilisées dans le cadre de l’Appel d’urgence mondial lancé par l’IFRC, qui a permis de fournir une aide en espèces aux ménages dans le besoin, des kits de soins pour animaux et un accompagnement destiné à aider les populations à faire face aux impacts psychologiques et en santé mentale de la catastrophe.Les kits de soins pour animaux contiennent notamment de l’huile de poisson, des pommades pour les sabots et les yeux, des vitamines en poudre et des pierres à lécher, qui ont contribué à la survie des animaux face aux conditions climatiques extrêmes. La Croix-Rouge mongole a également distribué de la nourriture aux familles qui ne disposaient pas de ressources suffisantes pour préparer correctement leurs repas.« Le foin et les compléments alimentaires sont l’aide la plus précieuse pour nous », déclare Altantuya. « Cela nous permet d’aider nos animaux à survivre. »Le soutien en santé mentale et psychosociale (SMPS) a également été essentiel. La Croix-Rouge mongole (MRCS) a mené un vaste travail de sensibilisation aux premiers secours psychologiques, des visites à domicile auprès des familles d’éleveurs, des visites en présentiel dans les centres de soum (districts), ainsi que des activités dans des internats pour accompagner les enfants séparés de leurs familles. Une ligne d’assistance locale a également été mise en place pour offrir un soutien à distance, et des messages clés sur la santé mentale ont été diffusés dans de nombreuses communautés.Comme les familles d’éleveurs vivent dans des zones reculées et extrêmement isolées, les visites à domicile et les soins en santé mentale, ainsi que les appels téléphoniques réguliers des équipes de la Croix-Rouge, ont constitué un réel soulagement, explique le Dr Gantulga. Il ajoute que le soutien d’urgence de l’IFRC en matière de formation au soutien psychosocial et aux premiers secours psychologiques a permis à la Croix-Rouge mongole de renforcer les compétences de son personnel et de ses volontaires dans ce domaine.Tandis qu’Altantuya minimise ses difficultés, sa sœur aînée Ochirbat fait remarquer que la vie en hiver, en Mongolie, n’est jamais facile — et elle l’est encore moins lorsqu’il fait exceptionnellement froid.« Quand il fait très froid, nous devons absolument empêcher les animaux de s’allonger, même un court instant, dehors dans le froid ; sinon, ils ne peuvent plus se relever et meurent gelés », explique-t-elle. « Ma sœur les pousse ou les tire physiquement pour les faire se remettre debout et rester debout par eux-mêmes. »Un an après le dzud de 2024, la Croix-Rouge mongole et l’IFRC continuent d’aider les ménages d’éleveurs à se relever, en fournissant une assistance humanitaire essentielle et des services vitaux aux familles et à bien d’autres personnes dans le besoin. Pour les familles d’éleveurs comme Altantuya et sa sœur, le seul espoir après de tels événements est de reconstruire leur troupeau et de recommencer.Par Rachel Punitha, responsable principale de la communication, région Asie-Pacifique, IFRC