La vaccination au Mali : les volontaires de la Croix-Rouge aident les communautés isolées à recevoir des vaccins vitaux
La vaccination est l'un des outils les plus puissants dont nous disposons pour lutter contre les maladies infectieuses. Chaque année, les vaccins sauvent des millions de vies et contribuent à ralentir et à enrayer la propagation des maladies.Mais au Mali, pays de l’Afrique de l'Ouest, moins de la moitié des enfants du pays ont reçu tous les vaccins essentiels dont ils ont besoin pour mener une vie longue et saine—ce qui les expose à des maladies mortelles mais entièrement évitables, telles que la diphtérie, la rougeole et le tétanos.Aucun enfant ne devrait être exposé aux maladies simplement à cause de l’endroit où il vit. C'est pourquoi, avec le soutien de Gavi, l'Alliance du vaccin, et de l’IFRC, la Croix-Rouge malienne a travaillé sans relâche au cours de l'année écoulée pour aider à combler les lacunes en matière de vaccination, en se concentrant particulièrement sur les enfants les plus difficiles à atteindre qui, sans cela, risqueraient de passer entre les mailles du filet.Pourquoi tant d'enfants au Mali ne sont-ils pas vaccinés ?Au Mali, les parents sont confrontés à de nombreux obstacles pour faire vacciner leurs enfants.Le premier est tout simplement le manque d'accès aux soins de santé. De nombreuses communautés isolées, en particulier celles des régions désertiques du nord du Mali, vivent à plusieurs jours de route du centre de santé le plus proche, ce qui rend difficile et coûteux le déplacement pour se rendre aux séances de vaccination.Depuis 2012, le conflit armé qui sévit dans la quasi-totalité du pays a déplacé des centaines de milliers de personnes. Pour les familles en déplacement, il peut être difficile de maintenir le calendrier de vaccination de leurs enfants dans un contexte de bouleversements, sans compter que les centres de santé communautaire (Cscom) et les professionnels de santé peuvent être contraints de cesser leurs activités en raison des combats. De plus, des inondations dévastatrices ont frappé le Mali à la fin de l'année 2024, déplaçant encore plus de communautés et mettant à rude épreuve le système de santé du pays.Et même lorsque les familles maliennes ont accès aux services de santé, la désinformation et les rumeurs néfastes sur les vaccins, par exemple qu’ils provoquent des maladies ou la stérilité, peuvent dissuader les parents d'amener leurs enfants se faire vacciner.Que font les volontaires de la Croix-Rouge malienne pour aider ?Les volontaires de la Croix-Rouge malienne sont bien placés pour soutenir les efforts de vaccination, car ils sont issus des communautés et sont bien connus.Bien qu'ils n'administrent pas eux-mêmes les vaccins, les volontaires jouent un rôle important de passerelle entre les communautés et les services de santé locaux. Chaque jour, ils font du porte-à-porte dans des villages reculés pour parler aux parents du statut vaccinal de leurs enfants, enregistrant les données sur ceux qui n'ont jamais reçu de vaccin (« zéro dose ») ou qui sont en retard (« sous-vaccinés »). Ces données fournissent aux autorités sanitaires locales des informations essentielles sur les lacunes qui subsistent.Les volontaires encouragent ensuite les parents à emmener leurs enfants se faire vacciner, en leur fournissant des informations fiables sur les avantages de la vaccination et en leur indiquant où, quand et comment se faire vacciner.« Ce n'est pas que les communautés ne veulent pas que leurs enfants soient en bonne santé. Mais souvent, des informations erronées circulent et il faut que la bonne personne leur apporte les bonnes connaissances au bon moment », explique le Dr Sidi Oumar Touré, responsable du programme de l’IFRC pour le projet de soutien à la vaccination avec Gavi.« Nous veillons à ce que les volontaires de la Croix-Rouge malienne disposent d'informations sanitaires précises à partager avec leurs communautés. Ils expliquent très patiemment et avec beaucoup de tact aux familles, dans leur langue locale, comment les vaccins ont empêché d'autres enfants de tomber malades et comment ils peuvent protéger leurs enfants aussi. »Les visites à domicile sont complétées par des événements communautaires réguliers et des émissions de radio interactives, au cours desquelles les parents peuvent appeler pour poser leurs questions à des experts de la santé et à des volontaires.Et dans certains districts, où les communautés sont particulièrement réticentes à l'égard des vaccins, les volontaires collaborent avec des troupes de théâtre locales pour mettre en scène des spectacles divertissants qui expliquent le fonctionnement des vaccins et apaisent les craintes de la population.Amener les vaccins aux communautésLorsque les volontaires identifient un groupe important d'enfants zéro dose ou sous-vaccinés dans une région isolée, ou des villages à faible couverture vaccinale la Croix-Rouge malienne informe, organise et met en œuvre avec le district sanitaire une stratégie de rattrapage des ces enfants au niveau des villages et hameaux, principalement de deux manières :La stratégie avancée : généralement pour les communautés situées à moins de 5 à 10 km d'un établissement de santé, les volontaires accompagnent et aident à transporter les agents de santé avec des conteneurs de vaccins pour organiser des séances de vaccination, souvent liées à des événements communautaires ou à des jours de marché afin de toucher le plus grand nombre de personnes possible.Équipes mobiles : pour les zones reculées et difficiles d'accès ou pour les populations nomades ou déplacées, des équipes mobiles se déplacent pour mettre en place des points de vaccination temporaires. Ces missions nécessitent une planification minutieuse afin de naviguer sur des terrains difficiles, d'assurer la sécurité et de maintenir la chaîne du froid afin que les vaccins restent efficaces.Dans les deux cas, le rôle des volontaires de la Croix-Rouge malienne est crucial. Leurs efforts d'engagement communautaire génèrent une demande pour les vaccins, de sorte que lorsque les agents de santé arrivent avec les vaccins, les familles sont prêtes et enthousiastes de faire vacciner leurs enfants.“Auparavant, beaucoup de familles ne comprenaient pas l’importance de la vaccination, mais grâce aux visites régulières des volontaires, presque tout le monde dans le village y est maintenant favorable. Aujourd’hui, les femmes amènent régulièrement les enfants à la vaccination, chaque fois que l’agent vaccinateur se rend dans le village,” explique Issa Souleymane, chef du village de Goundjougoufouga dans la région de Sikasso.Réduire l'écart vaccinalAu cours de l'année écoulée, les volontaires de la Croix-Rouge malienne ont recensé plus de 30 000 enfants n'ayant reçu aucune dose de vaccin et plus de 17 000 enfants sous-vaccinés, aidant la grande majorité d'entre eux à être vaccinés par des agents de santé locaux.Ces chiffres peuvent sembler modestes, mais ils représentent certains des enfants les plus exposés qui, sans cela, seraient restés invisibles et inaccessibles aux autorités sanitaires locales, les laissant vulnérables à des maladies tout à fait évitables. Atteindre ces communautés isolées contribue également à prévenir les épidémies et à protéger l'ensemble de la population.“Le partenariat avec la Croix-Rouge a été un grand apport dans l’amélioration de la couverture vaccinale, surtout dans l’identification des enfants zéro dose et sous-vaccinés dans mon district. Grâce aux activités des volontaires, les indicateurs de vaccination se sont améliorés grâce à leur soutien aux stratégies avancées et aux équipes mobiles. Le partenariat nous a permis de dépasser nos objectifs de couverture vaccinale Penta3 pour 2024, ce qui a entraîné une réduction drastique du nombre d'enfants sous-vaccinés dans le district,”explique le Dr Daou Dassoun, chef du district sanitaire de Sagabari dans la région de Sikasso, au sud du Mali.Renforcer les capacités locales en matière de vaccination à long termeLe soutien de l’IFRC et de Gavi aide la Croix-Rouge malienne et les autorités sanitaires locales du Mali à améliorer leurs services de vaccination à long terme.Grâce à des données plus complètes, une meilleure coordination et une planification plus efficace des activités et des stratégies de vaccination, elles sont en mesure de mieux servir les populations difficiles à atteindre et de veiller à ce qu'aucun enfant ne soit laissé pour compte.« Grâce à ce projet mené avec l’IFRC et Gavi, la Croix-Rouge malienne a pu améliorer considérablement ses capacités en matière de soutien à la vaccination, notamment en recrutant et en formant plus de 400 volontaires communautaires. Nos équipes travaillent désormais en étroite collaboration avec le ministère de la Santé sur les activités de vaccination à tous les niveaux et sont intégrées dans les structures sanitaires locales », explique le Dr Wiri Souara, chef du département Santé de la Croix-Rouge malienne.Même après la fin du projet, les volontaires de la Croix-Rouge malienne resteront aux côtés de leurs communautés pour encourager les parents, soutenir les services de santé locaux et veiller à ce que les enfants continuent à recevoir les vaccins dont ils ont besoin.Car chaque enfant, où qu'il vive, mérite d'avoir la chance de grandir en bonne santé et en sécurité.--Les activités présentées dans cet article ont été rendues possibles grâce au partenariat entre l’IFRC et Gavi, l'Alliance du vaccin.Ensemble, nous travaillons avec les Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans cinq pays afin de garantir que les enfants, en particulier les enfants zéro dose et sous-vaccinés, reçoivent les vaccins dont ils ont besoin pour mener une vie longue et saine, à l'abri des maladies évitables.