Par Kate Forbes, Présidente de l’IFRC
Lorsque j’ai décidé de me présenter au poste de Présidente de l’IFRC, je n’aurais jamais imaginé que l’une de mes responsabilités les plus douloureuses dans cette fonction serait d’écrire des lettres de condoléances. Et pourtant, au fil des années, j’en ai écrit bien trop – adressées à nos Sociétés nationales, à des familles endeuillées, à des collègues pleurant la perte de leurs amis et de leurs proches.
Chaque lettre est écrite le cœur lourd.
Chaque lettre est un rappel du sacrifice immense supporté par celles et ceux qui choisissent de servir l’humanité.
Rien ne vous prépare au message annonçant qu’un autre de nos employés ou volontaires a été tué dans l’exercice de son action humanitaire.
Chaque fois que je reçois la terrible nouvelle de la mort d’un collègue en service, je suis envahie par la tristesse et par la colère.
De la tristesse, car chaque perte est personnelle. Derrière chaque statistique se cache un visage, un nom, une vie consacrée au service. Ce sont des pères et des mères, des filles et des fils, des amis et des voisins. Ce sont des personnes qui croyaient en la compassion, qui portaient notre emblème de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge comme une promesse d’humanité. Leur absence laisse un vide impossible à combler pour leurs familles, leurs communautés et notre réseau de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
De la colère, car cela ne devrait pas arriver. Les travailleurs humanitaires ne sont pas et ne doivent jamais être une cible. Pourtant, ils continuent d’être attaqués, enlevés, tués. Nous publions déclaration après déclaration, appel après appel, rappelant aux gouvernements et aux parties au conflit leurs obligations au regard du droit international humanitaire. Et pourtant, la violence persiste. Et pourtant, des familles restent seules face au deuil, tandis que le monde passe trop vite à autre chose.
Nous devons élever nos voix plus fort, ensemble. Nous devons exiger la reddition de comptes là où règne l’impunité. Nous devons continuer à réclamer la protection et le respect que garantit le droit humanitaire.
Nous devons élever nos voix plus fort, ensemble. Nous devons exiger des comptes là où règne l’impunité.
Nous devons continuer à réclamer la protection et le respect que garantit le droit humanitaire.
Le poids de cette réalité est difficile à porter. C’est la partie la plus douloureuse de mon rôle de Présidente, et pourtant, c’est aussi le rappel le plus pressant de la raison pour laquelle nous devons persévérer. Pour honorer ceux que nous avons perdus, nous ne pouvons pas nous permettre de rester silencieux.
Les travailleurs humanitaires incarnent le meilleur de l’humanité. Ils s’avancent vers le danger lorsque les autres fuient. Ils prodiguent des soins médicaux sous les bombardements. Ils sauvent, réconfortent et protègent sans autre objectif que d’affirmer la vie et la dignité. Leur courage n’est pas abstrait – il s’exprime chaque jour dans des lieux où la compassion est rare et la peur omniprésente.
Leur mort n’est pas seulement une tragédie. C’est une violation des lois qui existent pour protéger les civils et ceux qui les servent. Une violation des principes les plus élémentaires de l’humanité. Une violation du tissu moral qui nous unit en tant que communauté mondiale.
Aux familles qui ont perdu leurs proches dans cette noble cause : sachez que leur sacrifice n’est pas oublié, et qu’il ne le sera jamais. Ils nous rappellent ce que signifie être humanitaire, le prix de la compassion, et l’urgence de protéger ceux qui protègent les autres.
Aujourd’hui et chaque jour, je me tiens aux côtés des familles de ceux qui sont tombés, aux côtés des innombrables volontaires et employés qui poursuivent leur travail dans le danger, et aux côtés de toutes celles et ceux qui ont porté l’emblème de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans des situations à risque. Leur courage m’inspire humilité, leur sacrifice m’interpelle, et leur mémoire nourrit ma détermination.
Nous devons élever nos voix plus fort, ensemble. Nous devons exiger des comptes là où règne l’impunité. Nous devons continuer à réclamer la protection et le respect que garantit le droit humanitaire. Et nous ne devons jamais cesser d’honorer celles et ceux qui, dans leur dernier acte, nous ont montré le véritable sens de l’humanité.
Aujourd’hui, j’incline la tête dans le deuil. Mais j’élève aussi la voix avec détermination: protéger l’humanité. Protéger ceux qui protègent les autres.
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