Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire (19 août 2025), j’ai eu le devoir solennel de réfléchir à la montée des attaques contre notre personnel et nos volontaires, et de lancer un appel en faveur d’une meilleure protection des travailleurs humanitaires. L’événement de ce matin a été organisé par l’IFRC avec le soutien de la mission australienne à Genève.
À l’IFRC, nous sommes fiers de soutenir la Déclaration pour la protection du personnel humanitaire – une initiative du gouvernement australien qui définira des mesures pratiques et concrètes pour protéger les travailleurs humanitaires. J’ai été ravi d’apprendre que la Déclaration est sur le point d’être finalisée. Les États seront très prochainement invités à s’engager à prendre des mesures réelles et concrètes pour protéger les travailleurs humanitaires.
Vous trouverez ci-dessous le discours que j’ai prononcé lors de l’événement :
Il y a seulement quatre jours, Honelegn Fentahun était encore l’un des nôtres. L’un des meilleurs. Dévoué à la mission collective de la famille Croix-Rouge, Croissant-Rouge. Fidèle à nos Principes fondamentaux. Ancré dans sa communauté. Engagé envers elle. Il faisait partie de l’équipe de la Croix-Rouge éthiopienne à North Gondar.
Mais, le 14 août, alors que Honelegn et deux collègues rentraient d’une mission de livraison d’une ambulance dans le district de Janamora, leur véhicule a été intercepté, et ils ont été enlevés par des hommes armés. Les trois ont été libérés le lendemain, sans leur véhicule. Mais la santé de Honelegn avait été gravement affectée. Il est décédé le 15 août. Terrible. Et – tragiquement – le dernier en date seulement.
Cette année, nos Sociétés nationales ont déjà perdu DIX-HUIT personnes dans l’exercice de leurs fonctions. La mort de Honelegn n’est pas une exception — elle s’inscrit dans une tendance des plus inquiétantes.
Le Secrétaire général de l’IFRC, Jagan Chapagain, s’exprimant à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire lors d’une cérémonie en hommage aux humanitaires tombés dans l’exercice de leurs fonctions.
Photo: IFRC
Prenons un autre exemple – encore plus terrible. Rifatt Radwan avait 23 ans ; il était volontaire au sein du Croissant-Rouge palestinien. Un humanitaire dévoué, au service de sa communauté.
Avec le peu qu’il gagnait, il soutenait son père malade et rêvait de poursuivre ses études. Mais avant de pouvoir réaliser ses rêves, Rifatt a été tué en service, aux côtés de SEPT autres membres du personnel ambulancier du PRCS, à Tel-Al-Sultan, Rafah. Leurs corps ont été retrouvés enfouis dans le sable, portant encore leurs gilets rouges.
Les histoires de Rifatt et Honelegn ne sont que quelques-unes parmi tant d’autres. Beaucoup trop.
En 2025 seulement, le PRCS a déjà perdu 9 collègues en service. Depuis le 7 octobre 2023, 31 collègues du PRCS ont trouvé la mort. Le Magen David Adom – notre Société nationale en Israël – a perdu 6 collègues sur la même période.
En 2024, ce sont au total 32 volontaires et employés des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui ont perdu la vie. Et je le répète – déjà 18 de nos collègues ont été tués en service depuis le début de cette année. Tous étaient des acteurs locaux. Tous œuvraient à sauver des vies dans leurs communautés.
J’ai visité de nombreuses Sociétés nationales cette année, de la Syrie à la Somalie, du Botswana à la République démocratique du Congo, en passant par l’Afrique du Sud et le Lesotho – et une chose m’a marqué partout : alors que, face aux réductions de financements notamment, de nombreuses organisations internationales se retirent, le personnel et les volontaires des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, eux, restent. Ils sont souvent les seuls présents sur le terrain.
Ils accomplissent un travail indispensable, mais trop souvent ignoré. Ce travail est vital. Nous devons le protéger. Nous devons LES protéger. Ces dernières années, nos volontaires sont devenus des cibles. Les emblèmes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sur leurs gilets et leurs casques – qui devraient être des boucliers – sont ignorés.
C’est pourquoi nous soutenons – à 100 % – la future Déclaration pour la protection du personnel humanitaire, afin de protéger les travailleurs humanitaires. Cette déclaration constitue une avancée majeure pour protéger ceux qui protègent les autres… en particulier les acteurs LOCAUX, engagés au service des communautés dans lesquelles ils vivent et travaillent. Et je salue le leadership de l’Australie à cet égard.
À l’IFRC, nous ne nous limitons pas aux condoléances. Nous agissons pour protéger ceux que nous pouvons. C’est le travail que nous menons depuis longtemps. Cette année, et plus particulièrement aujourd’hui, nous portons haut notre campagne #ProtégezLHumanité, avec l’exposition des noms et des photos de collègues tombés dans l’exercice de leurs fonctions.
Nous devons – et nous le faisons – porter le deuil. Mais aujourd’hui est aussi un moment pour se tourner vers l’avenir, pour s’engager dans des actions concrètes afin de mettre fin à la violence contre les travailleurs humanitaires. Voici donc ce que nous faisons.
Premièrement : soutenir les familles. L’année dernière, lors de notre Assemblée générale, nous avons lancé le «fonds de soutien pour les familles - Red Family Fund » pour venir en aide aux familles de celles et ceux qui ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions. Ce fonds est un signe de solidarité, pour montrer aux familles qu’elles ne sont pas seules. Nous saluons les efforts du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) qui promeut le Red Family Fund dans le cadre de sa campagne pour la Journée mondiale de l’aide humanitaire. Si vous souhaitez y contribuer – que ce soit beaucoup ou peu – des dons peuvent être faits via ce lien.
Deuxièmement: nous devons sensibiliser. Nous voulons que le monde connaisse les noms et, si possible, les histoires de ceux que nous avons perdus. C’est pourquoi j’ai commencé par deux exemples aujourd’hui. Nous exhortons chacun à utiliser sa voix pour dire que les humanitaires ne sont PAS une cible, pour sensibiliser dans ses propres réseaux et communautés… et pour inciter les dirigeants à respecter leurs obligations en vertu du droit international.
Enfin, nous devons obtenir des actes. Et c’est pourquoi la Déclaration mentionnée par Clare, à laquelle nous nous engageons, est si essentielle.
Dans le cadre de son engagement constant, l’IFRC recueille des messages de solidarité et de condoléances dans deux livres dédiés : l’un destiné aux familles et collègues de ceux qui ont perdu la vie, et l’autre pour exprimer soutien, empathie et unité envers le personnel et les volontaires. Ces messages seront partagés à l’occasion de la Journée internationale des volontaires, le 5 décembre, en signe de reconnaissance de l’extraordinaire dévouement des travailleurs humanitaires à travers le monde.
La protection de celles et ceux qui sont en première ligne face aux crises n’est pas une option – c’est une nécessité. Leur travail est vital, mais leur sécurité est de plus en plus fragile. La communauté internationale doit agir de manière décisive et veiller à ce que les travailleurs humanitaires ne soient plus jamais traités comme des cibles. Ces décès doivent – je le répète, DOIVENT – cesser.