«La faim est l'une des souffrances les plus indignes de l'humanité» : lutter contre l'insécurité alimentaire en Afrique et ailleurs

Ethiopian Red Cross volunteer, Dasoye, helps people in Morale, Ethiopia to clear livestock that have perished due to drought in May 2022. Clearing livestock is important for protecting water sources and keeping people safe.

Ethiopian Red Cross volunteer, Dasoye, helps people in Morale, Ethiopia to clear livestock that have perished due to drought in May 2022. Clearing livestock is important for protecting water sources and keeping people safe.

Photo: Ethiopian Red Cross Society/Berhanu Gezahegn

Alors que l'accès des populations à une alimentation fiable, abordable et nutritive suscite de plus en plus d'inquiétudes dans de nombreuses régions du monde, le secrétaire général de l'IFRC, Jagan Chapagain, explique comment nous devons tous agir maintenant pour éviter une catastrophe.

L'insécurité alimentaire n'est pas un phénomène nouveau. Mais la récente escalade de la gravité et de l'étendue géographique de la faim chronique est un sérieux motif d'alarme.

La crise de la faim est particulièrement ressentie sur le continent africain, où de nombreuses régions, notamment la Corne de l'Afrique, le Sahel et le lac Tchad, connaissent la pire crise alimentaire depuis des décennies.

Des millions de personnes sont confrontées à la faim en Afrique, ce qui a poussé l'IFRC à lancer des appels d'urgence pour les crises de la faim au Nigeria, en Somalie, au Kenya, en Éthiopie, au Niger et en Angola au cours de l'année écoulée.

En mai dernier, j'ai rencontré certaines des personnes concernées par la sécheresse dans le comté de Marsabit, au Kenya lors d'une visite des zones touchées où les niveaux de malnutrition sont parmi les plus élevés du continent.

J'ai pu constater de moi-même le niveau de souffrance causé par une grave pénurie de précipitations pendant quatre saisons consécutives, associée à une vulnérabilité préexistante dans certaines parties du comté. Les enfants, les jeunes mères et les personnes âgées sont les plus touchés et doivent faire face à la quasi-disparition de leurs moyens de subsistance.

IFRC Secretary General, Jagan Chapagain, speaks to people in Marsabit, Kenya affected by drought during a distribution of food assistance by the Kenya Red Cross in May 2022.

IFRC Secretary General, Jagan Chapagain, speaks to people in Marsabit, Kenya affected by drought during a distribution of food assistance by the Kenya Red Cross in May 2022.

Photo: Kenya Red Cross

Bien que cette crise de la faim soit, dans une large mesure, d'origine climatique, elle est également alimentée par les effets d'importants essaims de criquets, d'épidémies, de conflits et d'insécurité, et de ralentissements économiques, y compris ceux déclenchés par le COVID-19.

En outre, le conflit en cours en Ukraine perturbe le commerce mondial des denrées alimentaires, des engrais et des produits pétroliers, les prix des produits agricoles atteignant des sommets. L'Afrique de l'Est, par exemple, importe 90 % de son blé de Russie et d'Ukraine (source : PAM), et le conflit a entraîné d'importantes pénuries. La crise ukrainienne a également détourné l'attention et les ressources d'autres crises.

Si l'Ukraine est une crise extrêmement préoccupante, qui touche des millions de personnes, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre de vue d'autres crises urgentes dans le monde. L'une d'entre elles, et non la moindre, est la détérioration rapide de la sécurité alimentaire dans de nombreuses régions d'Afrique. L'heure tourne et il pourrait bientôt être trop tard pour éviter une tragédie généralisée.

La question qui devrait nous préoccuper tous est donc la suivante : que pouvons-nous faire, en tant que collectif humanitaire, pour éviter que l'histoire tragique du début des années 1980 ne se répète ?

Nous avons besoin d'une action urgente et massive pour intensifier l'assistance vitale à des millions de personnes au bord de l'effondrement, mais aussi pour s'attaquer de manière décisive aux causes profondes de cette crise par des engagements à plus long terme.

Ethiopian Red Cross volunteers help communities in Moyale, Ethiopia dispose of dead livestock and clear water points to protect people's health. Recent prolonged drought has led to an increase in livestock deaths, widespread food insecurity, and displacement as people search for grasslands.

Ethiopian Red Cross volunteers help communities in Moyale, Ethiopia dispose of dead livestock and clear water points to protect people's health. Recent prolonged drought has led to an increase in livestock deaths, widespread food insecurity, and displacement as people search for grasslands.

Photo: Ethiopian Red Cross Society/Berhanu Gezahegn

L'IFRC a un rôle important et unique à jouer. Grâce à notre portée et à notre expertise communautaires inégalées, à notre expérience humanitaire de plus de 100 ans, à notre capacité d'agir à la fois localement et mondialement, et au statut spécial de nos Sociétés nationales en tant qu'auxiliaires des pouvoirs publics, nous pouvons inverser la tendance. Mais nous avons besoin de ressources pour le faire.

Notre priorité immédiate collective est de rassembler un soutien pour sauver des vies, au sein et en dehors de notre réseau de l'IFRC, pour les six prochains mois, en accordant une attention particulière à la Corne de l'Afrique, au Sahel central et aux autres points chauds du continent.

Au cours de cette phase d'urgence, nous concentrerons notre soutien sur ce qui, nous le savons par expérience, fera le plus de différence dans la vie et les moyens de subsistance des personnes touchées : l'aide alimentaire, les programmes d'argent liquide et le soutien nutritionnel.

Parallèlement, nous élaborerons des programmes à plus long terme, en collaboration avec les Sociétés nationales intéressées, afin de nous attaquer aux causes profondes de l'insécurité alimentaire. Nous nous appuierons sur nos succès précédents et travaillerons en soutien aux plans et cadres des gouvernements pour restaurer la résilience des communautés les plus démunies, y compris les populations déplacées.

Tout ce que nous faisons sera étayé par des données solides et un engagement significatif des communautés, afin de garantir que notre réponse soit fondée sur des preuves et adaptée.

La faim est l'une des souffrances les plus indignes de l'humanité. Pour soulager la souffrance humaine, nous devons relever ce défi par une mobilisation et une action collectives, dans l'immédiat et à long terme.

Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de faire trop peu, trop tard.

A woman from the Mucawana tribe in southern Angola peers out of her shelter home in Etunda refugee camp, Namibia, in May 2022. Drought had caused her crops to fail and livestock to die out, prompting her and her family to make the long trek to Namibia in search of food and water.

A woman from the Mucawana tribe in southern Angola peers out of her shelter home in Etunda refugee camp, Namibia, in May 2022. Drought had caused her crops to fail and livestock to die out, prompting her and her family to make the long trek to Namibia in search of food and water.

Photo: Namibia Red Cross

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Depuis 2020:

  • Le réseau de l'IFRC a fourni une assistance alimentaire et des articles non alimentaires à 4,8 millions de personnes, en combinant toutes les opérations de réponse humanitaire (appels d'urgence, DREF et notre réponse COVID-19).
    Plus de 20 Sociétés nationales africaines ont mis en œuvre des projets liés à la sécurité alimentaire dans le cadre de leur programmation régulière.
    33 Sociétés nationales africaines ont augmenté leur capacité à fournir une assistance en espèces et sous forme de bons.

Cliquez ici pour en savoir plus sur le travail de l'IFRC en matière de sécurité alimentaire et de moyens de subsistance.

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