Huit ans après avoir rejoint la Croix-Rouge vénézuélienne alors qu’elle était étudiante en soins infirmiers, Albani a découvert une coïncidence qu’elle n’oubliera jamais : la date de la fondation du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est la même que celle où son pays a eu besoin de son aide.
Albani Rojas est volontaire à la Croix-Rouge vénézuélienne depuis huit ans. Comme tant d’autres parcours au sein du Mouvement, le sien a commencé par hasard : alors qu’elle étudiait les soins infirmiers, elle a vu une annonce invitant à participer à un cours de premiers secours organisé par la Croix-Rouge et l’École des sciences infirmières.
« Cela m’a intéressée ; je me suis dit que je pouvais concilier cette nouvelle carrière avec cet engagement », se souvient-elle. Elle s’est inscrite comme stagiaire au sein du département des interventions d’urgence, où elle a suivi une formation pendant deux ans. Par la suite, la vie l’a conduite vers d’autres fonctions au sein de l’organisation, sans jamais l’en éloigner complètement, puisqu’elle a continué à faire du bénévolat dans différents domaines. C’est là, dit-elle, qu’elle a découvert sa passion pour les soins infirmiers et le service aux autres.
Tout au long de son parcours, lors des formations et des activités de sensibilisation, Albani a entendu à maintes reprises parler des sept Principes fondamentaux, de la naissance du Mouvement et de l’importance de fournir une assistance humanitaire impartiale, neutre et indépendante. Mais cette année, ces enseignements ont cessé d’être de simples principes théoriques : « Je les ai vécus de l’intérieur. »
Une date récurrente
Le 24 juin 1859, les armées franco-sarde et autrichienne s’affrontent sur les champs de Solférino, dans le nord de l’Italie, lors de l’une des batailles les plus sanglantes de l’époque. Ce même après-midi, un homme d’affaires suisse nommé Henry Dunant arrive sur le champ de bataille dans l’espoir de rencontrer Napoléon III. Il y découvre au contraire des milliers de soldats blessés abandonnés à leur sort. Horrifié par ce qu’il voit, il mobilise la population locale, en particulier les femmes et les jeunes filles de Castiglione delle Stiviere, afin de porter secours à tous sans distinction d’uniforme.
Le slogan qu’ils adoptent entre alors dans l’histoire : « Tutti fratelli » (« Nous sommes tous frères et sœurs »). Quatre ans plus tard, cette expérience donnera naissance au plus vaste réseau humanitaire au monde.
Albani Rojas connaît cette histoire depuis des années lorsqu’au 24 juin 2026, deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5 sur l’échelle de Richter frappent à quelques secondes d’intervalle la côte centrale du Venezuela.
Les secousses sont si puissantes qu’elles sont ressenties jusqu’en Colombie, à Trinité-et-Tobago, à Aruba, à Curaçao et dans le nord du Brésil. L’État de La Guaira est le plus durement touché : des quartiers entiers de Catia La Mar, Caraballeda et Playa Grande sont réduits en ruines. Il s’agit du séisme le plus meurtrier qu’ait connu le Venezuela depuis plus d’un siècle, dépassant largement celui de Caracas en 1967.
Quelques semaines plus tard, alors que les opérations de recherche et de sauvetage touchent à leur fin et que le pays se concentre sur le relèvement, le bilan officiel dépasse les 5 000 morts et fait état de 16 000 blessés, des chiffres qui, selon les autorités, pourraient encore s’alourdir.
« Quelle coïncidence ! », pense-t-elle en réalisant que la date de cette nouvelle catastrophe coïncide avec celle de la fondation de l’organisation dont elle fait aujourd’hui partie et par laquelle elle contribue au relèvement de milliers de personnes touchées.
« Des pays frères »
L’un des premiers souvenirs qu’Albani garde après la catastrophe est l’arrivée de l’aide en provenance de « pays frères ». Sa mémoire ne lui fait pas défaut. Au cours des quatre semaines qui ont suivi le séisme, des équipes de secours de plus de trente pays sont arrivées au Venezuela, notamment des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge d’Allemagne, d’Aruba, de Colombie, du Costa Rica, d’Espagne, de Grèce, d’Italie, du Mexique, du Qatar, du Salvador, de Suisse et de Türkiye. La solidarité s’est également manifestée à distance : seize Sociétés nationales ont lancé des campagnes de soutien en faveur des populations touchées.
Quelques heures seulement après le séisme, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) a débloqué deux millions de francs suisses de son Fonds d’urgence pour les secours en cas de catastrophe (DREF), lancé un appel d’urgence et acheminé les premières cargaisons d’aide humanitaire depuis le Panama.
Pour Albani Rojas, cette réponse internationale, portée par des pays agissant uniquement au nom de l’humanité, rappelle, à une tout autre échelle, la scène vécue par les femmes de Castiglione il y a 167 ans.
« Évidemment, ce n’est pas ainsi que nous aurions voulu que nos frères et sœurs apprennent à nous connaître », confie-t-elle. Pourtant, cet élan de solidarité l’accompagne chaque jour depuis lors, chaque fois qu’elle se rend de Caracas à La Guaira et constate tout ce qu’il reste encore à reconstruire.
Ce qui nous attend
Près d’un mois après la catastrophe, Albani estime que le besoin le plus urgent n’est plus seulement d’ordre matériel. « Ce dont nous allons avoir besoin, c’est d’un soutien psychologique », explique-t-elle. « Nous sommes tous concernés par cette situation : les enfants, les personnes âgées, les jeunes. Ceux qui apportent leur aide comme ceux qui la reçoivent ont besoin d’un accompagnement. »
Cette analyse rejoint les évaluations de la Croix-Rouge vénézuélienne (CRV) et de l’IFRC, qui mettent en évidence des besoins croissants en soins de santé primaires, en soutien à la santé mentale et en accès à l’eau potable. Oui, la catastrophe est loin d’être terminée.
Interrogée sur ses attentes pour les mois à venir, Albani Rojas se dit convaincue que le relèvement sera possible grâce à l’aide reçue et au caractère de ses compatriotes. « Toujours aller de l’avant avec enthousiasme et faire preuve de courage face à l’adversité. » Elle espère que l’empathie et la solidarité dont elle a été témoin ces dernières semaines perdureront, que personne n’oubliera que nous faisons tous partie d’une même humanité. Elle souhaite également que les personnes touchées par le séisme ne soient pas oubliées et qu’elles bénéficient du soutien nécessaire tout au long de leur long chemin vers le relèvement.