Le pouvoir de choisir
Comment l'assistance en espèces aide à construire des communautés plus résilientes face à l'insécurité alimentaire dans l'Extrême-Nord du Cameroun.
Le pouvoir de choisir
Comment l'assistance en espèces aide à construire des communautés plus résilientes face à l'insécurité alimentaire dans l'Extrême-Nord du Cameroun.
À Dana, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, Fadimatou traverse le marché avec un objectif bien précis. Pour la première fois depuis longtemps, elle n’est pas là seulement pour regarder les étals. Elle sait qu’elle repartira avec suffisamment de nourriture pour nourrir sa famille.
Le marché est déjà animé. Les vendeurs interpellent les passants tandis que des sacs de mil rouge, de maïs et de haricots sont empilés sous des abris de fortune. Fadimatou s’arrête devant un marchand de céréales. Son visage s’illumine.
Pour la première fois depuis longtemps, Fadimatou peut acheter exactement ce dont sa famille a besoin pour se nourrir, grâce à l’assistance en espèces d’urgence fournie par la Croix-Rouge camerounaise et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC).
« Grâce à l’argent que je viens de recevoir, je peux acheter de la nourriture pour nourrir mes enfants, en particulier du mil rouge, notre plat préféré. Je vais aussi pouvoir leur acheter des vêtements. Aujourd’hui, j’ai enfin le choix. »
Pour beaucoup, choisir quoi acheter est un geste auquel on ne prête guère attention. Pour Fadimatou, ce simple choix représente un retour à une vie qu’elle pensait avoir perdue.
Agricultrice dans le département du Mayo-Danay, elle vivait de la culture du sorgho, du maïs et des haricots. Mais il y a deux ans, les inondations ont détruit ses champs. Depuis, les pluies sont devenues de plus en plus irrégulières, les terres moins fertiles et les récoltes ne suffisent plus à faire vivre sa famille.
Comme des milliers d'autres ménages de l’Extrême-Nord du Cameroun, elle s’est retrouvée confrontée à une dure réalité : réduire le nombre de repas, vendre progressivement ses biens ou compter sur l’aide de ses proches et de ses voisins pour survivre.
L’histoire de Fadimatou est loin d’être un cas isolé.
En 2026, près de 2,9 millions de personnes au Cameroun sont confrontées à l’insécurité alimentaire. Dans les régions du Nord, de l’Extrême-Nord, de l’Est, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les effets combinés des chocs climatiques, des conflits et des déplacements de population continuent de fragiliser les moyens de subsistance des communautés.
Pour répondre à cette crise, la Croix-Rouge camerounaise, avec le soutien de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC), met en œuvre un appel d’urgence de 9,6 millions de francs suisses.
À ce jour, 1,6 million de francs suisses ont été mobilisés, permettant de déployer une réponse intégrée combinant assistance en espèces, soutien aux moyens de subsistance, initiatives communautaires de sécurité alimentaire et prévention de la malnutrition.
Quand l'assistance en espèces redonne le pouvoir de choisir
Pourquoi l'assistance en espèces est-elle l'une des premières formes de soutien apportées aux familles confrontées à l'insécurité alimentaire ?
L’un des principaux avantages de l’assistance en espèces est qu’elle permet aux ménages de définir eux-mêmes leurs priorités, qu’il s’agisse d’acheter de la nourriture, des vêtements, des médicaments ou de répondre à d’autres besoins essentiels. En parallèle, elle soutient les marchés locaux en permettant aux commerçants de poursuivre leurs activités.
Pour Fadimatou, cette assistance représente bien plus qu’un simple transfert d’argent.
Elle lui permet de retrouver son rôle de mère, de prendre ses propres décisions et de préparer le plat préféré de ses enfants.
Mais dans l’Extrême-Nord du Cameroun, l’insécurité alimentaire n’a pas toujours les mêmes causes. Si certaines familles ont perdu leurs récoltes à cause des inondations, d’autres ont vu leurs champs et leur bétail disparaître sous l’effet de la sécheresse. Beaucoup d’autres encore sont arrivées dans la région faute d’alternative, contraintes de fuir les conflits et les violences.
Fuir ou mourir
À plus d'une centaine de kilomètres de Dana, à Mokolo, Zidang replonge dans ses souvenirs.
« Cette nuit-là, lorsque la violence a éclaté dans mon village, je n'ai eu que quelques instants pour agir. »
Elle a rassemblé ses enfants. Puis ceux de sa coépouse.
Et elle a fui.
Elle ne savait pas où ils passeraient la nuit. Elle savait seulement qu'ils devaient partir.
Aujourd'hui, Zidang vit au sein d'une famille d'accueil. Sans maison, sans terres à cultiver et sans aucune source de revenus, elle dépend depuis des mois du soutien de sa communauté pour nourrir les enfants dont elle a la charge.
L'assistance en espèces qu'elle a reçue de la Croix-Rouge camerounaise lui a permis, pour la première fois depuis longtemps, d'acheter elle-même les biens essentiels dont sa famille a besoin. Elle peut désormais acheter du mil, des légumes et des nattes afin que ses enfants puissent dormir dans de meilleures conditions.
Son histoire est différente de celle de Fadimatou.
Pourtant, elles partagent la même réalité : celle de familles qui luttent chaque jour contre l'insécurité alimentaire.
Une réponse qui évolue avec les besoins de la communauté
L'insécurité alimentaire ne peut être combattue par une seule intervention. À mesure que les familles se relèvent de la crise, leurs besoins évoluent : il ne s'agit plus seulement de répondre aux besoins alimentaires immédiats, mais aussi de reconstruire les moyens de subsistance et de renforcer leur capacité à faire face aux futurs chocs.
La Croix-Rouge camerounaise, avec le soutien de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC), a structuré son appel d'urgence de 9,6 millions de francs suisses autour de trois phases complémentaires, qui accompagnent les communautés tout au long de ce parcours de relèvement.
Première phase
Elle vise à sauver des vies en permettant aux familles de répondre à leurs besoins les plus urgents grâce à l'assistance en espèces. En donnant aux ménages la flexibilité de décider eux-mêmes de leurs priorités, cette aide contribue à rétablir leur sécurité alimentaire tout en soutenant les marchés locaux.
Seconde phase
Elle est axée sur le rétablissement des moyens de subsistance. Une fois les besoins les plus urgents couverts, les familles bénéficient d'un accompagnement pour reprendre leurs activités agricoles, reconstituer leurs moyens de production et retrouver progressivement leurs sources de revenus.
Troisième phase
Elle va au-delà du relèvement en renforçant la résilience des communautés. Son objectif est d'aider les populations à mieux se préparer aux futurs chocs climatiques, aux pressions économiques et aux autres crises, afin de réduire durablement leur vulnérabilité.
Chaque contribution compte
Les histoires de Fadimatou et de Zidang montrent à quel point une assistance adaptée aux besoins peut transformer le quotidien d'une famille.
Pour Fadimatou, cela signifie pouvoir à nouveau remplir son garde-manger. Pour Zidang, c'est la première étape vers la reconstruction de sa vie après avoir fui les violences.
Mais derrière leurs histoires se trouvent des milliers d'autres familles confrontées aux mêmes difficultés.
Grâce aux 1,66 million de francs suisses déjà mobilisés, la Croix-Rouge camerounaise et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) ont pu fournir une assistance vitale à des milliers de personnes tout en mettant en œuvre des solutions qui renforcent durablement la résilience des communautés.
Toutefois, l'Appel d'urgence, qui vise à mobiliser 9,6 millions de francs suisses, fait toujours face à un déficit de financement de 7,94 millions de francs suisses. Ce manque de ressources limite la capacité à étendre l'assistance aux nombreux ménages qui continuent de faire face à l'insécurité alimentaire dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun.
Des financements supplémentaires permettront d'apporter une assistance en espèces à davantage de familles et de soutenir un plus grand nombre de communautés, afin qu'elles puissent non seulement surmonter la crise actuelle, mais aussi mieux se préparer à faire face aux futurs chocs.
